Karriem Riggins - Headnode suite (2017)

Karriem Riggins - Headnode suite (2017)

Dans tous les livres sur l’histoire de la culture hip-hop il sera fait mention des fameuses block party fondatrices des cinq points essentiels qui la constitue (le breakdance, le graffiti, le rap, la langue, les fringues) et à la lecture des chapitres dévoués à ces évènements, que ce soit dans Hip hop Family Tree de Ed Piskor, le documentaire Scratch de Doug Pray ou Can’t Stop Won’t Stop de Jeff Chang, vous aurez sûrement envie de partager l’une de ces soirées où Kool Herc passait les meilleurs breaks pour rendre fou son public.

Si c’était votre souhait le plus cher, Karriem Riggins a entendu votre appel et y a répondu avec Headnode Suite. Comme tout monument, ce nouvel album studio de Riggins (surtout producteur pour Common ces derniers temps, ainsi que pour Keziah Jones) s’inscrit dans la tradition, mais pousse celle-ci dans une direction personnelle et unique. Beatmaker parmis les plus grands, le producteur de Détroit s’inscrit dans le prolongement de l’héritage de J Dilla tout en réussissant à ne pas sonner comme un simple rejeton, mais comme celui qui réussit à saisir la MPC sacrée de la roche pour l’en extraire et reconquérir le royaume.

À l’instar de Dilla et de Madlib, les beats et productions de Riggins mêlent technologie et sonorités naturelles mais contrairement à ces 2 géants, son outil principal n’est pas la basse mais bien la batterie. Là où Dilla et Madlib ont fait des lignes de basse les reines de leur musique, Riggins entends replacer la batterie au centre des compositions de Hip Hop. Il montre ainsi son allégeance à Dilla (en samplant sa voix sur Cheap Suite 5 ou sur le très Donuts Sista Misses) tout en balançant des morçeaux en net retrait avec lui. Avec Cia, introduit par une question adressée à l’auditeur : « Do you understand what I am doing ? », il découpe une instrumental très J Dilla en découpant la mélodie pour y insérer une rythmique, montrant ainsi à la fois sa maîtrise de ses influences.

« À la frontière entre le Jazz et le Hip hop » comme le disait le commentateur samplé sur Alone, son premier EP devenu culte, Riggins créé des rythmiques syncopées en or massif

« À la frontière entre le Jazz et le Hip hop » comme le disait le commentateur samplé sur Alone, son premier EP devenu culte, Riggins créé des rythmiques syncopées en or massif que les meilleurs rappeurs écouteront sûrement en pleurant d’envie de rimer dessus sans vraiment pouvoir y trouver un espace. Headnode Suite n’est pas un disque d’instrumentaux, mais un disque instrumental. Alors que certains des morceaux de Donuts pouvaient se prêter à un exercice de rime, celles de Headnode Suite se suffisent toutes à elle-même pour danser et groover.


L’approche à la fois Jazz et Hip Hop fait de Headnode Suite un album taillé pour les block party d’aujourd’hui. Héritier du son d’antan et innovateur respectueux, Riggins s’affirme de nouveau comme l’un des plus grands compositeurs dans la culture Hip Hop. Alors que l’on continue de sortir des disques posthumes de l’archi productif Dilla, Riggins diffuse son contenu au compte goutte, mais offre un nouvel album aussi parfait que Donuts. D'ailleurs, il ne faudrait tout de même pas qu’il oublie de sortir ses fameux neuf albums de Jazz enregistrés avec Madlib

 

Karriem Riggins - Headnode suite (2017)
Karriem Riggins
Headnode suite
Suite Intro
Other Side of the Track
Yes Yes Y'all
Invasion
Trombone Love
Crystal Stairs
Sista Misses
Detroit Funk
Oddness
Tandoor Heat
Chop Chop
My Reflection
Dirty Drum Warm Up
Pay.gio
Suite Poetry
4Es'J
Jay and Peace
Cheap Suite 1
Cheap Suite 2
Cheap Suite 3
Cheap Suite 4
Never Come Close
Re-doze
Bahia Dreamin'
Cheap Suite 5
Cia
Keep It On
Fluture
Suite Outro
25/02/82, 1m80, à peine 60 kilos et élevé pour parcourir le macadam parisien de refuge en refuge jusqu'à son déménagement à Londres. Chroniqueur rock de 2004 à 2010 sur Eklektik-rock puis sur la fille du rock depuis 2010, bibliothécaire 2.0 depuis 2008, passionné de musique (metal, jazz, rap, electro …) et de comics. Ecrit aussi en anglais sur Delay and Distorsion (Chronique musicale).

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