Conan + Dopethrone + North live 22/05/2017 @ Les Katacombes, Montréal

Conan + Dopethrone + North live 22/05/2017 @ Les Katacombes, Montréal

«J'espère que vous travaillez pas demain, parce que ça va être laitte!», lance Vince de Dopethrone avant de démarrer la machine. C'est parfait, ça va me libérer de la chanson de Katy Perry qui me trotte dans la tête depuis le début de la journée, ça va me purger des images de la vidéo qui l'accompagne, un truc léché qui verse dans la dystopie softcore, esthétique de dessin animé béat avec zombies politiquement propres et corrects.

Dopethrone : « c'est rodé, la machine carbure à l'adrénaline et à l'alcool »

Les gars de Dopethrone enchaînent sur une suite sans autre prélude, c'est un direct au plexus, c'est sale, gras et lourd, les tonalités unifiées nous rentrent dedans avec précision, il y a du mouvement front stage et déjà, le plancher est collant. Ça promet, et je travaille le lendemain... Étrangement, c'est la première fois que je vois Dopethrone en spectacle. Aucune déception au menu, ils assurent, c'est rodé, la machine carbure à l'adrénaline et à l'alcool. Julie Swan vient les rejoindre pour une Zombi Powder et ça n'arrête pas, ça déboule :

« I've become, Undead,
Trapped in this darkness,
Slave to the craving,
Come and join us »

Immanquablement, comme une migraine, les paroles de la pièce de Katy Perry me reviennent et je ne peux que constater le précipice qui sépare les deux univers. Dans les deux chansons, on parle de zombies («Stumbling around like a wasted zombie»), mais on ne parle ni de la même danse, ni de la même ivresse. Les cris de Julie relèvent d'une autre dimension, d'une autre dynamique, d'un imaginaire sombre et déchirant, à des années-lumière de l'univers aseptisé de la star américaine. Ici, c'est cru et sans pose. Julie, le visage tatoué, connaît les couplets, les refrains, toute la rengaine, elle l'a vécu, il n'y a ici aucun désir de plaire ni même de convaincre, aucun message à livrer: tout est là, servi chaud, dans l'intensité d'une émotion et d'une anxiété que le métal sait si bien nous transmettre. Uncle Costa de Vulgar Deli lui succède avant que le groupe ne termine sur une reprise de ZZ Top plus ou moins réussie; j'aurais terminé après Uncle Costa. Les deux invités apportaient tout ce que la soirée nécessitait pour clore cette première partie.

« Conan s'escrime à nous liquéfier les oreilles »

Après la pause, les membres du trio britannique prennent place, procèdent à quelques ajustements de la sono et c'est parti, ils vont s'escrimer à nous défoncer les oreilles à grands coups de riffs doom pour une courte session d'un peu plus d'une heure. Je ne suis jamais parvenu à nommer les pièces de Conan. Je mets les albums un à un ou sur random et j'ai l'impression que c'est ce qui se produit. Je ferme les yeux, c'est foutrement bon, leur doom lancinant, mais lorsque j'ouvre les yeux, je remarque un grand gars avec une tuque à côté de moi. Je l'observe du coin de l'œil, je le reconnais. C'est Denis Côté, le cinéaste. Je suis complètement déconcentré. Dans mon sac, j'ai un exemplaire de mon roman  que je dois donner à un ami après le show mais j'ai Denis Côté tout près de moi. Je ne suis pas cinéphile, ni fanboy mais j'adore ses films, son imaginaire m'a accompagné lors de la rédaction de mon roman, je veux le lui donner, cet exemplaire, mais en fait que dirait-il (il n'en a probablement rien à crisser...)? Et pendant ce temps, Conan s'escrime à nous liquéfier les oreilles. Les gars entament une de mes favorites, une autre dont je ne connais pas le nom, mais ce n'est pas grave, ça fonctionne, j'en ai plein la gueule, ça hoche et ça buche, voilà, j'en viens presque à bout d'oublier Denis Côté.

En fin de compte, je sais qu'on va se poser et on va me poser LA question: « pis, c'était-tu bon? ». Il y a de ces shows qui saisissent, nous laissent à la fois avec cette impression d'un vide extatique et d'un trop-plein qu'on devra décanter et tâcher de comprendre, comme ces romans que nous fermons avec l'ahurissante impression que jamais on ne parviendra à en épuiser la matière. Rien de ça ici... J'ai toujours trouvé que Conan dégageait quelque chose de grandiose et d'épique. C'est peut-être le martèlement rythmique que ponctuent les cris, les imprécations d'un combat à entamer, c'est peut-être quelque chose d'autre que je ne peux encore nommer, mais je peux certifier que cette salle ne convenait pas à la musique de ce groupe. Après le spectacle, étrangement, nous avons peu discuté de la soirée. Il a été question d'un autre verre à prendre, d'un métro ou d'un autobus à attraper. Nous étions sur le trottoir, figés dans l'air frais qui nous faisait grand bien. C'était consommé, « c'est quoi le prochain show qui s'en vient? », comme ce qu'écrit François Bon sur New York, cette ville dans laquelle il se sent si bien, cette « ville qu'on consomme sans reste ». Nous marchons jusqu'à la rue St-Denis, il se fait tard, les autobus ont leur horaire qu'il ne faut pas brusquer. Je remets l'exemplaire de mon roman à l'ami. Le prochain verre attendra.

Écrivain/ébéniste.

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