Truckfighters + White Miles + Valley of the Sun 28/02/2014 @ Paris, Divan du Monde

Truckfighters + White Miles + Valley of the Sun 28/02/2014 @ Paris, Divan du Monde

Ambiance omelette norvégienne pour cette soirée au Divan du Monde : on gèle à l’extérieur, on étouffe à l’intérieur. La foule est dense, les gens venus en nombre pour applaudir Truckfighters. En attendant que les Suédois se produisent, les haut-parleurs diffusent ...Like Clockwork des Queens of the Stone Age. Coïncidence ? Ou pas. Josh Homme ne tarit pas d’éloges sur le trio (« The best band that’s ever existed ! »). Difficile de parler alors d’habillage sonore. D’ici à y voir une volonté plus ou moins discrète de se placer sous la houlette du grand berger du stoner, chacun se fera son idée.

Pour l’heure, la scène est vide et le public patiente à grands renforts de bière (il fait vraiment chaud) sous un immense Œil de la Providence surplombant la batterie. (Œil de la Providence tout court, hein, et non symbole des Illuminati, putain, on ne demande pas aux gens d’être tous de parfaits catéchumènes, mais juste d’avoir un peu de culture G).

Nous n’attendrons pas très longtemps et le groupe fait son entrée, salué par un public qui semble décidément tout entier rangé à leur cause. Le guitariste a déjà viré le t-shirt, le batteur se fait gauler en plein péché de pléonasme en arborant un t-shirt de son propre groupe (pour les goodies, c’est en entrant à droite, merci), quant à Ozo, le bassiste et chanteur du groupe, il ne fait pas durer le suspens en embrayant plein pot, et hop.

À écouter le tour de chant, on ne peut s’empêcher de penser que le spectre de Seattle hante le groupe.

Truckfighters ? Moins lisse que le dernier album pouvait le laisser craindre. C’est rapide, c’est lourd, avec un indéniable sens du rythme, le guitariste déchaîné renforçant l’idée de messe hardcore. De prime abord. Une chanson, puis deux, puis trois… A écouter le tour de chant, on ne peut s’empêcher de penser que le spectre de Seattle hante le groupe. Hommage ? Très certainement. Tout à leur honneur.

Ce qu’il y a de gênant, c’est que c’est répétitif en diable et que cette impression devient un peu trop prégnante. Il n’est pas très difficile d’identifier les influences musicales de Truckfighters (avouées ou non) : Soundgarden, les Red Hot, Silverchair… Le chant ne se démarque pas vraiment des modèles : pas tant de l’innutrition que de l’imitation. Pour qui a été bercé au grunge des 90s, rien de vraiment neuf à se mettre sous la dent.

L’aspect stoner ? Plutôt rare. Truckfighters n’est jamais aussi bon que quand le jeu s’accélère et que la lourdeur du son envahit la salle. Là, on touche à quelque de chose de remarquable dans son aspect hypnotique, jazzy et sludge. Cela ne dure jamais vraiment très longtemps, comme s’il fallait contenir l’expérimentation, et Truckfighters retombe sur ses pattes. Le rythme devient un peu trop prévisible : voix claire des 90s, élan rapide saturé, etc. Et le groupe s’embarrasse de solo de guitare pas du tout indispensable, s’acharne à produire un son très rond, passablement ennuyeux au regard de leurs débordements furieux que le trio ne produit que trop rarement.

On me dira que le public est conquis, lui. C’est certain. Ambiance électrique à n’en pas douter. Mais il était conquis d’avance. Et lorsque le guitariste, puis le batteur, chauffe la salle à tour de rôle, on en vient à se demander s’ils ne cherchent pas un peu trop l’approbation du public.

Josh Homme considère Truckfighters comme le meilleur groupe du monde ? (Après lui bien sûr…) Très bien. Ce genre de déclarations ne mange pas de pain. Et si encenser un groupe venu de la lointaine Suède permet d’évacuer l’épineuse et intime question ex-Kyuss/Vista Chino, alors…

Le groupe s’efforce de développer ce qu’il appelle du « dirty pole dance stoner blues ».

Juste avant Truckfighters se produisait White Miles, admirable à tous points de vue. Modèle d’économie des moyens : un batteur (prodigieux), une chanteuse et guitariste (pour le moins inspirée). Si entre deux chansons la chanteuse minaude sur sa toux, ses rototos et écorche la langue française (« tu as quelque chose de boire », ne se dit pas, non non non), on le lui pardonne bien volontiers, tant elle est habitée par un tempérament de crooneuse. Le final de White Miles est un modèle de synthèse du blues et du son saturé. Le groupe s’efforce de développer ce qu’il appelle du « dirty pole dance stoner blues ». Je ne vois pas trop à quoi cela peut ressembler après leur prestation d’hier, du fait de l’absence formelle de danseuses exotiques sur scène. Mais une chose est sûre, White Miles se montre d’une lascivité poisseuse, musicalement parlant, comme seule sait l’être la Musique du Delta.

Crédits photos : Andrey Kalinovsky / CSAOH

J'aime les chats roux, les pandas roux, Josh Homme et Jessica Chastain.

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