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Appalaches + Au Revoir + I/O 05/12/2015 @ La Vitrola, Montréal

Portrait de William
Appalaches + Au Revoir + I/O 05/12/2015 @ La Vitrola, Montréal

C’était un pari audacieux de la part de la boîte de production Broken Chord de réunir ces trois formations instrumentales (ou presque) dans une salle comme La Vitrola. Puisque le seul groupe local était Appalaches, il fallait espérer que les mélomanes québécois allaient profiter de la tranquillité du mois de décembre pour répondre massivement à l’appel. Heureusement, le scénario a été respecté et la foule fut très nombreuse pour soutenir le batteur d’Appalaches qui martelait pour la dernière fois ses tambours au sein de la formation post-rock montréalaise.

I/O

Deuxième visite en moins d’un an pour les cinq musiciens du collectif I/O. Venu directement de l’état du Massachusetts pour cette soirée, il était agréable de voir que la salle était bien garnie pour les encourager. Les nombreuses heures de route étaient soudainement effacées de leurs mémoires et la musique pouvait enfin se faire entendre. Comparativement à leur dernière prestation à Montréal, les énormes amplificateurs Sunn dressés sur la scène allaient certainement aider la troupe à en mettre plein les oreilles aux spectateurs.

C’est toutefois sans le batteur original qu’ils s’offraient à nous pour une deuxième fois en si peu de temps. La cohésion ne semblait pas tout à fait au point, quelques hésitations mineures teintèrent la performance. Outre ce léger détail, tout à fait normal dans les circonstances, c’est surtout le manque de vigueur qui a retenu mon attention. Il est clair qu’une formation de post-rock n’a pas besoin de sauter dans tous les sens pour être agréable à regarder, mais il faut avouer que les deux groupes qui ont suivi faisaient ressortir le manque d’expérience scénique d’I/O. C’est une formation qui se débrouille merveilleusement bien pour créer des compositions dans les standards de son style, mais si nous voulons encore entendre parler d’eux dans quelques années, ils devront travailler avec acharnement pour repousser ces fameuses limites. Il est difficile de sortir du lot quand un groupe de post-rock est originaire de la même ville que les vétérans de Caspian. Ce fut agréable, mais infiniment moins bon qu’à leur visite en mai dernier comme tête d’affiche à l’Hémisphère Gauche.


Au Revoir

Une autre formation américaine, cette fois provenant du New Jersey, se préparait à fouler les planches de La Vitrola pour cette soirée à thématique instrumentale. Malgré son nom francophone, Au Revoir est bel et bien un groupe provenant du pays de l’oncle Sam. Dès les premiers instants, la supériorité se faisait sentir autant dans l’attitude des musiciens que dans la réception du public. C’était d’une lourdeur admirable, le son percutait les premiers rangs avec violence. La cohésion des trois guitaristes n’était pas sans rappeler les bons vieux riffs d’Amenra, un résultat massif et décoiffant.

Tout comme leurs compatriotes d’I/O, il s’agissait d’un deuxième passage pour le groupe cette année. Les nombreuses têtes qu’ils avaient fait tourner plus tôt ce printemps semblaient être de retour dans la salle, puisque c’était très bien rempli. La performance surpassait nettement tout ce que j’avais eu la chance de voir et entendre de leur part, c’était purement efficace et viscéral. À ma grande surprise, quelques segments comprenaient du chant crié, mais le son des guitares était si fort que nous n’avons rien perçu. Vivement la parution de leur prochain album pour permettre un meilleur bilan de cet aspect de leur musique. Je n’ai vraiment rien à redire sur l’ensemble de la performance, Au Revoir s’impose désormais comme un incontournable de la scène américaine en matière de post-metal.

 

Appalaches

Le temps était enfin venu pour la tête d'affiche locale de rencontrer son public. Pour une dernière fois, le batteur Ugo allait se défoncer derrière son instrument pour créer la musique instrumentale la plus lourde à Montréal. Appalaches propose une formule bien simple, elle se résume par « Salut, on est Appalaches et on joue fort ». Heureusement, les cinq musiciens passent de la parole aux actes. Les trois guitaristes donnent le ton aux compositions instrumentales très contrastantes, les nombreux murs de son ont de quoi vous faire flancher.

Au Revoir semblait avoir volé la vedette de cette épatante soirée musicale, mais il ne fallait pas condamner Appalaches trop rapidement. C'est avec une présence scénique impressionnante qu'ils sont parvenus à faire passer les spectateurs à une autre étape de la soirée tout en évitant le jeu des comparaisons. La fougue du bassiste Sébastien, également illustrateur de l'affiche du concert, était renversante. De quoi reléguer aux oubliettes celui d'Au Revoir qui jouait dos à la foule. La troupe de post-rock montréalaise a su mettre l'assistance dans sa poche en livrant une splendide performance teintée d'émotions et de fraternité. L'ambiance n'était pas aussi sombre que pour les groupes d'ouverture, car la prestation était filmée, mais la qualité de la musique transcendait le surplus d'éclairage légèrement désagréable. Espérons que le groupe trouvera rapidement un nouveau batteur qui saura en mettre plein la vue au même niveau qu'Ugo, ce ne sera certainement pas facile.

Chroniqueur montréalais pour Pelecanus depuis juin 2010 ayant participé à l'organisation de concerts ainsi qu'au défunt projet de webradio.

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