This Will Destroy You - Another Language (2014)

This Will Destroy You - Another Language (2014)

Another Language, quatrième album studio de This Will Destroy You arrive 3 ans après Tunnel Blanket, radical, sombre et en rupture avec les premières sorties du groupe texan. Another Language se présente comme l’album du compromis parfait. Un aboutissement idéal vers un son que l’on devine réfléchi et maitrisé nous donnant l’une des plus belles expériences studio du groupe.

L’album débute sur une très belle ouverture dans un dialogue entre guitares et orgue Rhodes chatoyant, créant un sentiment de sécurité jusqu'à ce que brusquement tout vole en éclat dans un séisme brutal aux guitares intenses, conduit par une rythmique édifiante. Voici « New Topia », entre forces aériennes et forces telluriques.

Au coeur de ces titres, c’est une langoureuse éruption sonore qui vient tout dévaster sur son passage.

Ce contraste nourrira également les 3 morceaux suivants, dont le déjà révélé « Dustism ». Au coeur de ces titres, c’est une langoureuse éruption sonore qui vient tout dévaster sur son passage. Le tout savamment guidé par le travail habile d'Alex Bhore à la batterie, qui offre des cadences énergisant l'album avec une liberté de mouvement subtile et puissante ; tandis que le bassiste, Donovan Jones, s’assure que le son de TWDY puise ses racines dans l'enfer des basses-fréquences. Le travail des guitaristes Christopher King et Jeremy Galindo s’articule lui autour d’un échange permanent mais aussi à travers le choc entre mélodies et saturations.

N'y voyez toutefois pas un schéma redondant et facile, car ces 4 premiers titres sont tous très différents. Dans leur construction d’abord, rupture brutale (« New Topia »), crescendo (« Dutism »), ou encore double déflagration (« War Prayer »). Et enfin de par leur esthétisme. On trouvera d’ailleurs beaucoup de subtilités dans l’album qui vont au-delà des instrumentations connues du groupe. On se laissera ainsi surprendre par du piano (l’intro de « Serpent Mound »), du xylophone (au coeur de la déflagration de « Dutism »), et surtout des manipulations diverses et des apports samplés sur l’ensemble des pièces de l’album.

« The Puritan » et « Mother Opiate » s’enchainent ensuite comme une quiétude nécessaire, une pause déjà nostalgique, comme si l’on contemplait ici des plaines désertiques ou des villes abandonnées, conséquences directes de ce qu’auraient laissé les titres précédents dans notre esprit. Remarquable choix d'ailleurs que d’apposer ces deux morceaux au centre de l’album, ce qui illustre combien le groupe sait maitriser les temps forts et les temps faibles, aussi bien intra qu’inter-morceaux.

Les 3 derniers titres de l’album suivront la même ligne directrice. Deux autres secousses sismiques s’enchainent avec « Invitation » qui démarre sans intro et monte crescendo ; puis « Memory Loss » dont le martèlement rythmique mène progressivement mais sans équivoque à la fin. Il est déjà trop tard, « God's Teeth » ramène devant nous la désolation et la mélancolie, avant que tout ne disparaisse dans le silence. Ne reste alors qu’une solution…tout recommencer et redémarrer la lecture.

This Will Destroy You signe là un album essentiel.

This Will Destroy You signe là un album essentiel. Car si Another Language semble être moins radical que Tunnel Blanket, bien qu’il présente un héritage, il est tout autant exigent. Musicalement ce nouvel opus est encore plus riche et développé que son prédécesseur. Les pièces sont plus courtes (un maximum de 7’30 pour le morceau « War Prayer », contre 4 pièces à plus de 8 minutes sur Tunnel Blanket). Les morceaux sont aussi plus définis avec moins de sons drone, moins de titres ténébreux et hermétiques rendant ainsi l’expérience d’écoute bien plus agréable. Rendez-vous fin décembre, mais je l’annonce déjà, Another Language est mon album de l’année.

 

This Will Destroy You - Another Language (2014)
This Will Destroy You
Another Language
New Topia
Dustism
Serpent Mound
War Prayer
The Puritan
Mother Opiate
Invitation
Memory Loss
God's Teeth

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