Godspeed You! Black Emperor - Allelujah ! Don’t bend ! Ascend ! (2012)

Godspeed You! Black Emperor - Allelujah ! Don’t bend ! Ascend ! (2012)

Groupe essentiel du post rock des années 90, Godspeed You! Black Emperor revient sans prévenir avec un album qui met forcément les fans d’accord. 11 ans de silence pour une épopée honnête et classique.

Hasard ou pas, je m’engage ici pour mon deuxième disque à chroniquer un profil très similaire à celui du premier billet. GYBE pourrait presque reprendre les grandes lignes de la bio de VOD : groupe culte des années 90 (seconde moitié) et chef de file d’un sous genre de rock spécifique, adulé par des hordes de suiveurs, en hiatus depuis 2001, c’est également 11 ans de silence qui mène vers ce retour. Sauf que ledit retour n’a pas du tout la même trogne que celui du quintet de Long Island. Ici, pas de longue gestation, et pas le même public non plus. Godspeed You! Black Emperor fait partie des groupes qui comptent, importants, estimés bien au-delà du raisonnable. Le groupe canadien ne s’est pas engagé dans une longue période d’attente et de spéculation des fans : l’album a été annoncé juste quelques jours avant sa sortie officielle, alors que certains vendeurs recevaient les cartons de la dernière livraison du collectif quasi le jour même. Surprise.  Et avec un arrière gôut pas déplaisant pour ces derniers : l’album se vend comme des petits pains. Chez Constellation, on sait comment contourner la crise avec une sortie importante, qui s’écoule comme la bible et à un prix totalement prohibitif (pas moins de 25€ pour l’édition vinyle, va pas falloir venir chialer quand plus personnes n’achètera effectivement vos disques les gars). Rendons à César ce qui lui appartient : l’objet est beau (gros vinyles, belle pochette avec son lettrage en surbrillance), le tout forme également le premier « disque dont vous êtes le héros » puisque le tracklisting est un jeux de piste pour retrouver le bon ordre. Coup double, multifonction, idéal pour les fêtes de fin d’années.

C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’on appréciera au mieux l’album. Comme toujours d’ailleurs. Il fait froid, il fait nuit à 16 heures, on s’abreuve de trucs chauds, on traine rapidement dehors, il y a de la lumière partout. C’est la période idéale, adéquate, pour s’enquiller cet album coin du feu. Godspeed malgré un certain sens de l’humour et de l’autodérision (le groupe se nomme lui même God’s Pee sur la tranche du disque, par exemple) exécute toujours sans surprise en respectant ses propres codes son rock progressif (au sens premier du terme) avec un certain confort. C’est ça. Confortable. Du rock en chausson. Mélodie aux cordes, lentes progressions, lignes de violons imparables. On est dans l’épique esthétique, le beau bruit. Musique pour ballade forestière, périple automnale suivi de son retour devant la cheminée. Il fait bon le long de ses deux titres de 20 minutes, on est bien. Mladic, le titre d’ouverture, tout en étant dans la tradition de construction classique du groupe, est peut-être le plus surprenant. S’ouvrant sur des cris de mouettes réalisés à la guitare malmenée, le titre devient une cavalcade aux effluves orientales se métamorphosant progressivement en un hymne quasi punk baroque. Le final est convenu mais élégant : le riff principal est décliné en hymne guerrier, puis se clôt sur une symphonie de casseroles (ndlr : il s'agit là en fait d'un sample des manifestations contre la hausse des frais de scolarité puis envers la loi 78 à Montréal). « We drift… », l’autre pièce de luxe de l’album est nettement moins remarquable, mais dégage toujours cette chaleur, cette sensation d’écoute agréable.

En étant absolument fidèles à eux, en produisant exactement ce qu’on attend, Godspeed ne déçoit pas, mais ne surprend à aucun moment. Alors certes, il y a bien ces deux autres morceaux, écartés sur un 7" à part pour l’édition vinyle. Mais en 2012, foutre une paire de morceaux drone sur un album, c’est à peu près aussi audacieux qu’un groupe metal californien foutant des scratchs en 98.

Godspeed You! Black Emperor - Allelujah ! Don’t bend ! Ascend ! (2012)
Godspeed You! Black Emperor
Allelujah ! Don’t bend ! Ascend !
Mladic
Their Helicopters' Sing
We Drift Like Worried Fire
Strung Like Lights At Thee Printemps Erable

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