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Wine and Noise : « les sensations que l’on peut avoir en goûtant un vin, on peut les comparer avec les sensations que l’on a en concert. »

Portrait de Rémy
Wine and Noise : « les sensations que l’on peut avoir en goûtant un vin, on peut les comparer avec les sensations que l’on a en concert. »

Le rendez-vous était donné au Vin des Vivants, une belle cave à Lyon qui ouvre une partie bar en soirée. Un lieu parfait pour rencontrer le fondateur de Wine and Noise, ce blog lyonnais qui parle de viticulture et musique indépendante. Porte close exceptionnellement ce soir là… Voilà qu’on se retrouve sur une terrasse quelconque et qu’en plus on se met à boire une bière tout aussi quelconque. Merde. On a vraiment fait ça comme des punks au final !

Du bon vin, de la bonne musique. Ouais, je sais, tu signes direct. Pareil, même si j’y connais pas grand chose en vin étant plutôt un aficionados de la bonne bière (je suis presque Belge quand même). N’empêche, j’étais assez curieux de rencontrer qui se cachait derrière Wine and Noise. Depuis que j’ai eu connaissance des dégustations de vins pré-concerts à Lyon, j’ai été intrigué. La rencontre est organisée, je retrouve Cédric, accompagné d’un autre Cédric, aka Disque Noir, avec qui il s’est associé.

Timing idéal puisque les deux trentenaires, dans un raccord parfait avec leurs veste kaki du déstock de l’armée, viennent d’annoncer l’organisation d’un festival en mai…



Présentez-vous brièvement à nos lecteurs « internautes », et présentez-nous Wine and Noise ?

Moi je m’appelle Cédric, j’écris sur le blog Wine and Noise, et je suis avec Cédric, qui m’accompagne sur la partie concert, car c’est lui qui m’a donné cette bonne idée de passer du blog vers le live.

Et Wine and Noise au départ c’est un blog qui voulait parler de vin et de musique. Et depuis un an c’est un blog qui organise des concerts associés à des dégustations de vin ; et cette année, il y aura même l’organisation d’un micro festival…



A l’origine, comment t’es venu l’idée d’associer la musique avec le vin qui n’est pas spécialement la boisson que l’on consomme en concert ? Qu’est-ce qui rapproche ces deux univers selon toi ? Pourquoi « le vin s’accorde avec l’oreille » ?

Tool ! Tout est parti de Tool. Le chanteur de Tool a fondé un domaine dans l’Arizona et il en a fait un documentaire, qui s’appelle « Blood Into the Wine », et parallèlement, ça faisait des années que je parlais à mes amis que telle musique me fait penser à tel vin ou inversement. Ayant grandi pas loin de vigne -j’ai grandi dans le Beaujolais- j’ai toujours fréquenté le secteur viticole, j’aime bien ça, j’aime la musique et j’ai souvent vu un rapport entre ces deux choses. Et quand j’ai vu que le mec de Tool s’était mis à faire de la vigne, je me suis dit : c’est évident ! Voilà. J’en profite d’ailleurs pour décliner toute l’admiration que j’ai pour Tool !



Avec Wine and Noise vous organisez donc des dégustations avant concert. Est-ce que vous pouvez nous expliquer un peu de quoi il s’agit précisément ?

Cedric : L’idée c’est de montrer que les sensations que l’on peut avoir en goûtant un vin, on peut les comparer avec les sensations que l’on a en concert. C’est aussi simple que ça, c’est juste une question de sensation, de feeling. Et partant de cette idée, étendre ça à l’idée de faire du vin ou de faire de la musique, de distribuer du vin ou de la musique, toute l’indépendance qu’il peut y avoir derrière, tous ces artisans qui chacun dans leur coin font des choses géniales sans avoir la couverture médiatique mainstream on va dire. Donc c’est ça l’idée, de croiser les regards.

Pour la première fois, dans le dernier Wine and Noise, j’ai réussi à tirer carrément un vigneron qui a fait goûter ses vins, et qui a lui-même expliqué son travail et tout ça, c’était génial.

Concrètement pour participer y a une inscription en amont, pour une quinzaine de personnes en général, pour que ce soit un moment cool, convivial, que l’on puisse échanger. Mais c’est pas une dégustation technique, je ne suis pas sommelier, pas oenologue. Voilà, c’est du feeling, c’est une histoire, tout les vins que je fais goûter sont faits par des gens que je connais, j’ai visité leurs vignes. De formation moi je suis agronome en fait, je vois ce qu’est le secteur agricole, c’est donc un moyen aussi pour moi de parler du secteur agricole qui est un secteur moins glamour que le rock’n’roll, mais qui est pour moi tout aussi beau et fascinant. Et d’ailleurs sur le blog je vais commencer à parler d’autres choses que du vin, le prochain article s’annonce de haut vol puisque j’y parlerai de bière de banane (rires). Ces cons de Pneu ont sorti un clip où ils sont déguisés en banane, parler de Pneu sur le blog c’était un peu facile, mais là avec cette bière de banane que j’ai goûté en Afrique, je me suis dis que ce serait idéal !

Disque Noir : Ces dégustations c’est soit avec des groupes qu’on a programmés nous, soit on se greffe sur des événements. On voit les programmations, on contacte les groupes pour voir si ça les branche parce que surtout, on souhaite qu’ils participent ; donc on enquête pour voir si c’est des groupes qui kiffent le vin sinon ça sert à rien.

Moi je suis un amateur, j’y connais rien, mais ce qui est extra c’est qu’on peut goûter des vins auxquels jamais on n'aurait accès parce qu’on ne les trouve nul part. Ce sont des vins qui sont très peu produits, donc on a la chance de pouvoir avoir quelques bouteilles et de pouvoir faire déguster ça.



Ca donne envie en tout cas. Et quelle est ta démarche pour choisir le vin qui sera dégusté ? Quels sont tes pistes de réflexion pour en venir à trouver ce que tu feras découvrir ?

Ca peut être sur le produit en tant que tel, tu vois par exemple, j’aime bien la musique de Nadia Sirota, donc de la musique baroque avec plein de détails, donc là forcément je vais chercher un vin avec de la finesse, du détail. Donc je vais taper dans un vin qui vient de la région Bourgogne. Ou si on fait pour un groupe de doom, forcément il va falloir trouver quelque chose de lourd, de puissant, donc je vais redescendre un peu en région. Et après c’est en fonction de ce que je connais, des rencontres que je fais dans le secteur du vin.

Mais des fois ça peut être le personnage qui va me faire l’associer avec un groupe. Je pense à Andrea Calek, un espèce de Tchèque qui fait du vin de manière hyper punk. Donc je me suis dit avec les T.I.T.S ça sera hyper bien. Il fait du vin comme eux font de la musique, donc c’était tout trouvé.

 

Tu as notamment fait une dégustation avant le concert de Year of no Light et Mars Red Sky en décembre au Marché Gare, deux groupes très appréciés sur nos pages. Quel a été ton choix, et peux-tu nous en parler ?

Alors j’ai fait un article complet dessus pour les curieux. Ce que j’aime bien avec ces groupes c’est qu’ils sont très proches, mais ils explorent deux directions très différentes. Donc j’ai cherché des domaines qui sont proches géographiquement mais qui vont sur deux directions différentes. Et j’ai réussi à parler de deux domaines que j’aime beaucoup. Je dois dire surtout que le concert de Year of no Light était tout simplement excellent !



Parlons un peu plus de musique. Comment vous situez-vous chacun dans le large panel de la musique actuelle ? En bref, quels sont vos goûts musicaux ? Vos parcours musicaux ?

C : Mon parcours déjà, j’ai joué dans le groupe Picore.

DN : Moi je suis plus dans l’organisation de concert et sonorisation, technicien. Mais musicien oui, dans une veine musicale un peu déviante (rires).  Et pour les goûts musicaux, c’est tout. Ca peut être de la techno ou du free jazz ou de la folk. Tout, tout est bien dans la musique de toute façon.

C : Ouais, c’est dur de situer le spectre de nos goûts.

 

Alors peut-être un album ultime ? Un concert d’anthologie ?

C : Album ultime ? C’est dur ça… Peut-être les Swans.

DN : Moi ce serait les premiers albums de Compagnie Flow, ça m’a montré que tu pouvais faire des trucs déviants avec plein de musiques intelligentes dedans !

Niveau concert, hum… Je dirais des vieux trucs, de scène local DIY de 1994 (rires). Ou alors Neurosis aussi, ouais.

C : Ah Neurosis ouais. Kill the Thrill, ça m’a bien toujours donné de l’émotion. Ulan Bator il y a fort longtemps, Faust toujours fun à voir, Miss Goulash ça pétaradait dans tous les sens… Quoi d’autre ? …

Si y a un truc pop, que je vais te sortir, j’avais trouvé ça joli. Attends. Pour pas faire style qu’on écoute que de la musique extrême, un peu dark, je vais te sortir un truc complètement fleur bleue parce que je suis quelqu’un de très sensible (rires). Je me rappelle même plus du nom, mais je les ai vus en concert et ça m’a bluffé, non c’est pas Meshuggah. Ah voilà Local Natives, ça fera plaisir à ma femme ! Complètement pop, mais top en concert, comme quoi !

 

On a fait le grand écart. Bon et maintenant parlons vin. Quel est ton parcours personnel qui t’a amené à t’intéresser et à vouloir partager tes goûts pour cette boisson ?

J’ai grandi dans le Beaujolais comme je te disais, j’ai fait les vendanges ; et j’ai commencé ce blog en parlant d’un gars qui fait du vin là où j’ai grandi qui s’appelle Bruno Debize. Donc mes racines.

Et comme le vin c’est relou de le boire tout seul, tout simplement, je me suis dit que ça pourrait être bien de partager ça. (rires).



T’est-il possible de nommer ton vin favori ? Ou à défaut un souvenir particulier lorsque tu as découvert un cépage ?

Ca c’est impossible, à part le Beaujolais bien sûr! Non, c’est comme la musique, c’est trop difficile de choisir quelque chose en particulier. C’est justement ça l’intérêt du vin. T’auras jamais fini de le découvrir, c’est ça qui est cool parce que tu auras toujours un gars qui va te dire « t’as déjà écouté ça ? » ou « t’as déjà goûté ça ? » et c’est ça qui est génial, ça s’arrête jamais, y a cette notion d’infinité dans notre vie finie ! (rires)

Plein de souvenirs particuliers sinon, j’en parle dans mon blog. Comme ça, je dirais d’avoir goûté les Malbec en Argentine, les vins d’altitude de Suisse pour parler de choses exotiques. Mais on a de la chance quand on est à Lyon, on prend sa bagnole et on peut passer du Beaujolais à la Côte Rôtie et déjà balayer une variété de vin fascinante.



J’ai lu sur le site que tu as des rapports directs avec des viticulteurs qui travaillent sur la notion de terroir. Que recherches-tu ? J’imagine qu’il y a pour toi également une éthique dans ta consommation du vin ?

C’est pour moi indissociable tout simplement. Le vin c’est du terroir. Je cherche donc avant tout à rencontrer des personnes qui respectent leur terroir, qui le font vivre surtout.



Et as-tu une éthique également autour de ta consommation musicale ? Le fameux « support your local scene » ?

Oui c’est évident également. Notamment pour le festival on va utiliser la richesse qu’il y a en local à Lyon. On n’a pas besoin de faire des conférences sur la scène lyonnaise des années 90 pour découvrir la richesse qu’on a ici !



Quels sont vos projets avec Wine and Noise ? Il y a donc ce festival Live At Pampilles qui se prépare… C’est le moment de faire un peu de promo !

C : Alors oui y a bien un festival qui se prépare. L’idée de ce festival c’est que j’ai des copains qui élèvent des chèvres et qui font de la rigotte ; la meilleure rigotte du monde, c’est le GAEC des Pampilles. Et un jour, ils m’ont dit « on aimerait bien faire un petit concert dans la grange » ; et ce petit concert se transforme en grosse fête ! (rires)

DN : Et c’est bien parti, avec une sélection de groupes qui se définissent en ce moment. On a fait plein de demandes, et on attend des acceptations. Y a déjà quelques confirmations, on va pas péter plus haut que notre cul, et on va faire jouer des groupes lyonnais, qu’on a déjà croisés et aimés, dans tous les styles. On s’est un peu lâchés dans l’organisation. Et on s’est dit qu’il fallait qu’on voit combien de personnes seraient partantes. C’est pour ça qu’on a lancé ce qu’on appelle un crowdfounding, pour mettre des places en prévente tout ça...

C : Ouais souvent le crowdfounding a un côté relou, mais là c’était pour planifier un peu la chose. Et quand on dit qu’on fait un concert à la ferme, c’est un vrai concert à la ferme. C’est une vrai ferme, y a des gens qui bossent, y a les chèvres et les boucs, et y a un fermier qui va aller traire à 6h du mat. Du coup ça implique un peu d’orga et un peu de sous pour aménager le truc. Mais c’était ça qu’on trouvait chouette, c’est de faire ça comme des vrais hippies. Ca sera du jeu au sol, de la simplicité.

DN : Qualité, simplicité !

C : Production locale, aussi bien sonore que nutritive. De la musique, du vin, du fromage et c’est déjà bien ! Mais il y aura aussi des trucs un peu fous. On veut tourner un clip avec les gens dans la grange des chèvres ; il y aura du matériel agricole en DIY, ouais ça existe parce qu’il faut savoir que dans l’agriculture y a des lobbies pour tout le matériel agricole et là j’ai des amis qui viendront avec leurs trucs.
Mais ouais, ce sera quelque chose d’un peu fou tout ça !

 

Pour finir je te propose un petit challenge. J’ai repéré 3 groupes qui sont pas mal revenus dans les tops 2014 de la rédaction : This Will Destroy You / Ben Frost / Swans. J’ai pris un casque et je te laisse réécouter au besoin… Quel type de vin conseillerais-tu pour l’écoute de ces artistes ? Qu’est-ce qu’il faudrait rechercher pour associer notre oreille et un bon verre de vin en deux mots ?

Alors Swans, j’ai déjà fait, donc c’est facile. C’était avec un vin de la Côte Rôtie, parce que justement Swans a ce côté hyper racé, ce côté obsessionnel aussi et donc un Côte Rôtie, c’est pour moi un travail avec un micro terroir, avec une puissance, une élégance, une luminosité.

Ben Frost, j’aimerais beaucoup le faire. Et je me disais, qu’est-ce que j’associerais ? Ce que j’aime avec cet artiste c’est ce mélange d’indus, de musique extrême, mais en même temps c’est hyper organique quoi. Et ça, faudrait réfléchir, mais c’est forcément dans des Bourgogne, quelque chose de très précis et très organique. Tout à l’heure je parlais de Nina Sirota, ils sont sur le même label c’est pas un hasard. Mais parler de Bourgogne c’est compliqué parce que c’est tout de suite que des trucs très chers. Les vins de Claire Naudain ça irait bien. Ouais ce serait une piste.

Et This Will Destroy You, c’est très post-rock ça. Donc faut un vin qui vient en tension, qui vient en explosion. C’est le genre de musique bien produite, c’est propre, y a de la tension donc faut pas du vin qui pique trop, trop hardcore, un vin bien produit, qui vient en lenteur. Mais c’est aussi un peu chargé, donc faut du vin qui a du corps, un truc dans la Vallée du Rhône, un peu Sud, après sur le domaine faudrait que je réfléchisse.



Le mot de la fin ?

Merci à toi, c’est cool de t’intéresser à ce qu’on fait, et j’aime bien ce que vous faites aussi !

Peut-être, on n’a pas vraiment parlé de la distribution. On avait rendez-vous dans une chouette cave à vin, bref. Mais comme pour la musique, si rien ne vaut un disquaire pour acheter ses disques, pour le vin rien ne vaut une bonne cave. On aura le conseil, l’écoute, des personnes qui sont passionnées, qui s’y connaissent, et c’est important. Ouais, comment on consomme la musique et le vin, c’est important.

Voilà, merci encore !

 

 

Pour soutenir et participer au crowdfounding le Live At Pampille qui aura lieu le 9 mai, il ne te reste plus qu’à cliquer sur le lien qui suit : http://fr.ulule.com/live-at-pampilles/

La programmation se complète avec : 2 Boules Vanilles, Torticoli, Sathonay, Rature, The Missings Souls, Rieglers & the RGs, Rank, Magneto, Begayer.


Site Wine and Noise : http://wineandnoise.com/articles/

Wine and Noise : « les sensations que l’on peut avoir en goûtant un vin, on peut les comparer avec les sensations que l’on a en concert. »

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