Marriages + Wovenhand 12/04/2015 @ Le Trabendo, Paris

Marriages + Wovenhand 12/04/2015 @ Le Trabendo, Paris

Retour sur l’union divine entre Marriages et Wovenhand qui a eu lieu le dimanche 12 avril au Trabendo devant les yeux d’un public médusé. 

Il semble que Paris se soit donné rendez-vous au Trabendo en ce dimanche soir. Rapidement, la foule se fait plus dense et les bières se multiplient dans les mains d'inconnus fébriles, à l’intérieur comme à l’extérieur. Si l’enthousiasme provoqué par la perspective d’un concert du groupe Wovenhand est certain, il faut avouer que la présence de Marriages, la première partie, est tout aussi réjouissante.

 

La voix réverbérée de Salomé

Devant la scène, il ne reste plus beaucoup de place pour se faufiler. Marriages, le trio post-rock expérimental formé par la merveilleuse Emma Ruth Rundle, Greg Burns et Andrew Clinco commence à jouer sans faire face à l’habituel front de résistance anti-première partie. Le public est déjà client, et l’ambiance n’en est que meilleure. Et si certains n’étaient pas encore convertis, ils ont eu vite fait d’entrer dans la danse. Car les sonorités post-rock de Marriages sont bien loin du statisme hypnotique parfois proposé dans un genre adorant les chansons de trente minutes. En live, il y a d’ailleurs plus de rock que de post dans cette musique évidemment expérimentale, bercée par la voix d’Emma Ruth Rundle, caresse infinie pour nos tympans.

Emma Ruth Rundle semble réussir tout ce qu’elle entreprend, seule ou accompagnée.

La jeune femme, armée de sa guitare comme d’un équipement puissant destiné à soumettre son audience, parvient sans difficulté à mettre tout le monde d’accord. Ces mélodies à la fois puissantes et caressantes prennent vie, jusqu’à nous donner envie de nous rouler dans des rideaux de velours en buvant du Chardonnay. Comme lorsque l’air de Ride In My Place, shoegazissime, vient nous soupirer quelques mots doux. Hormis ce titre et un autre, le groupe profite de son set pour jouer des morceaux de son nouvel album, Salome, sorti à peine une semaine avant la date du show. Déjà convaincus de leur talent et de leur futur plus que prometteur, les voir en live nous donne simplement envie de les faire passer de la première partie à la tête d’affiche. Artiste plurielle, Emma Ruth Rundle semble réussir tout ce qu’elle entreprend, seule ou accompagnée. Ce soir, il ne s’agit finalement que de la confirmation de son incroyable talent.

 

Le bruit et la fureur des guitares

L’interruption entre les deux groupes est courte, et à peine a-t-on le temps de re-remplir le gobelet en plastique dont nous ne récupérerons jamais les 1 € de consigne, que David Eugene Edwards et ses compères sont déjà sur scène. Plume sur le chapeau et chapeau sur la tête, l’ex-membre et créateur de 16 Horsepower fait vibrer de sa voix puissante les murs du Trabendo. La mise en scène — des lumières aux postures des protagonistes de l’histoire chantée qui nous est déclamée — est millimétrée. Où que le regard se pose, il rencontre Wovenhand. Avec la sortie Refractory Obdurate, le groupe de cowboys originaire de Denver avait confirmé le tournant pris depuis quelques albums, s’éloignant de ses traditionnelles balades folk, pour une musique plus puissante, plus belliqueuse. Et en live, ce désir d’affrontement se réaffirme. On écoute les morceaux s’enchaîner pendant plus d’une heure trente avec l’envie furieuse de montrer les dents à notre voisin.

On écoute les morceaux s’enchaîner pendant plus d’une heure trente avec l’envie furieuse de montrer les dents à notre voisin.

Pourtant, Edwards ne voulait pas nous laisser là, la rage au ventre. Lors du second et dernier rappel, il décide de nous bercer à l’aide de sa vieille mandoline usée, en chantant son interprétation de « As I Went Out One Morning » de Bob Dylan, avec une pureté et une sincérité remarquables. Comme un souvenir laissé aux oreilles des fans de la première heure, pour leur dire que rien n’est oublié. Rassurez-vous, il y a encore en lui de cette folk acoustique et sensible sans artifice. Et la bonne nouvelle, c’est que quand bien même vous n’étiez pas au concert, la cover est disponible sur Internet.

Wovenhand, c’est un peu de douceur sous le poids lourd de l’existence.

 

Crédits photos : Patrick Baleydier

J'ai plus de films d'horreur vus à mon compteur que l'enfant fantasmée de John Carpenter et Dario Argento. J'aime écouter de la musique et en parler, surtout ici.

Ajouter un commentaire