Swans + Les Hommes Sauvages live 22/07/11 @ Paris, Maroquinerie

Swans + Les Hommes Sauvages live 22/07/11 @ Paris, Maroquinerie

Mettons les choses au clair tout de suite. Il est impossible d'être préparé à son premier concert de Swans. On aura beau avoir écouté a peu près toute leur discographie, y compris les nombreux lives, et avoir lu des nombreuses reviews sur le sujet, on ne sera jamais prêt, car c'est une expérience tout simplement impossible à décrire. Voilà, c'est dit, je me décharge donc de toute responsabilité quant à l'éventuelle incohérence de mes propos, et tacherai de restituer le plus fidèlement mes souvenirs de cette impressionnante soirée.

Ma première surprise de cette soirée sera la première partie, assurée par Kristof Hahn, guitariste slide de Swans. En effet, alors que je m'attendais à un déluge de noise/ambient/expérimental trop obscur (ne me demandez pas pourquoi je suis allé imaginer ça), l'homme branche sa guitare, et s'assoit sur un tabouret pour nous interpréter une série de ballades en français, anglais et allemand. Aucun effet, aucun autre instrument, juste une guitare et la voix. Le musicien est très communicatif, s'excuse souvent pour son français, nous gratifie de sourires nostalgiques et semble surpris par la réaction du public, très enjoué, qui couvre d'applaudissements chaque fin de morceau. A défaut d'être transcendant, son set reste très agréable, puis, comme l'a si bien remarqué un ami, il faut oser monter seul sur scène et jouer du folk devant une salle pleine à craquer qui n'attend qu'à se faire exploser les oreilles.

Car oui, nous n'attendions que ça. Alors que les fans hardcore s'assuraient que les "petits nouveaux" avaient bien pensé à prendre des bouchons d'oreilles, j'observais les amplis, clairement trop puissants et nombreux pour une salle aussi petite, avec une certaine appréhension, mélangée à l'impatience. Je n'avais toujours aucune idée à quoi m'attendre, et les commentaires de mes voisins ("C'est la troisième fois que je les vois, ça fait mal à chaque fois, mais je reviens quand même") n'arrangeaient pas vraiment les choses.

À 21h pile, Thor (un percussionniste avec une bonne tronche de viking, ça ne s'invente pas) fait une brève apparition sur scène pour lancer un larsen et disparaitre à nouveau. Ce fut le début d'une intro assez pénible et plutôt longuette (environ 15 minutes), au cours de laquelle les membres du groupe prirent place sur scène, accompagnés par des applaudissements, pour ajouter leur instrument dans la cacophonie générale. En dernier apparait bien évidemment Michael Gira, l'homme qui dirige d'une main de fer tout ce petit monde. Acclamé par la foule, il contribue à cette intro qui semble interminable, avant de faire signe de s'arrêter, puis nous adresse un "Hello, motherfuckers", et commence enfin le concert.

La setlist, sans surprise, débute sur No Words/No Thoughts. Première impression: wow, c'est fort ! Deuxième impression: wow, c'est puissant ! Troisième impression: wow, Gira est vraiment impressionnant ! En effet, du haut de ses 57 ans, cet homme au regard glacial a plus d'énergie que n'importe quel jeune, saute partout, se jette par terre, danse... On sent aussi que même si 6 personnes sont présentes sur scène ce soir, la pièce maitresse c'est bien lui. Tel un marionnettiste, c'est lui qui guide les autres musiciens dans le nuage sonore dans lequel est enveloppée la salle, et les autres musiciens lui jettent régulièrement des coups d'œil pour s'assurer que tout va bien. Car en effet, les morceaux ne ressemblent pas toujours à leur version studio, ils sont parfois prolongés, complexifiés, et se voient souvent affublés de quelques couches de noise et d'effets.

Nous avons ensuite droit à Jim, qui enchaine sur The Apostate, un nouveau morceau. Je suis beaucoup trop absorbé par la musique pour le remarquer, mais un ami fait attention aux paroles, et, celles-ci lui semblant quelque peu étranges, il prend en photo la feuille de paroles posée devant Gira. En effet, on y retrouve quelques lignes de "GA GA GA" avec deux-trois "LADY GAGA" dissimulés dans le tas. Et oui, même si au premier abord le crédo de Swans semble être le sérieux, ils ont plutôt l’air de s’amuser, et s'échangent par-ci par-là quelques sourires discrets, avant de reprendre un air impassible.

La messe continue avec un autre nouveau morceau, Avatar. Je dis bien la messe, car tout ce rassemblement a, à mes yeux, un air vraiment religieux. Gira nous regarde d'un regard presque paternel, et chaque morceau est suivi d'une ovation presqu'aussi forte que la musique. On entend des gens hurler "Merci !", d'autres boivent juste ses paroles et gestes d'un regard ébahi et émerveillé.

Le moment le plus fort de cette soirée reste à mes yeux le morceau I Crawled, au cours duquel la musique se calme puis disparait, en laissant juste Gira percer le silence de quelques cris, avant de reprendre de plus belle, sur un riff bien headbang-friendly. Et ce petit moment de silence, pendant lequel la salle ne fait pas le moindre bruit (en soi déjà impressionnant) semble totalement irréel après bientôt deux heures de son continu, en laissant un impact énorme dans mes souvenirs.

Le groupe termine sur le sublime Eden Prison, suite à quoi Gira, visiblement de bonne humeur, présente les musiciens, nous gratifie d'un "Thank you all, you're all beautiful" et nous scrute d'un air plutôt satisfait, sous un torrent d'applaudissements qui dure bien trois minutes. C'est fini, je ne comprends pas totalement ce qui s'est passé, mais j'ai un sourire niais (qui amuse le percussionniste lorsqu'il croise mon regard), et mon cœur bat la chamade. Ayant passé la quasi-totalité du concert collé à la scene juste en face d'un ampli, je ne retrouverai la totalité de mon ouïe que 24 h plus tard (et ce malgré les bouchons), mais je considère que ça valait largement le coup.

Au final, je ne saurai expliquer ce qui était aussi bon dans ce concert, tout comme je suis absolument incapable d'expliquer ce qui m'attire dans les albums de Swans, mais pour moi, qu'on aime ou pas, ça reste une expérience à vivre, au moins une fois.

J'aime les ours, le whisky et les internets.
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