Swans + Sir Richard Bishop 19/11/2012 @ Trabendo Paris

Swans + Sir Richard Bishop 19/11/2012 @ Trabendo Paris

Troisième passage dans la capitale pour les Swans en moins de deux ans, quasi miraculeux quand on considère le statut du groupe, à mi-chemin entre la légende, l’extraordinaire et l’indépassable, en hiatus (Swans are Dead) pendant 13 ans. Pour ce troisième coup, le clan Gira s’arrête dans la très étrange salle du Trabendo - en quelques mots : une pièce étrangement foutue, où il est quasi impossible de se repérer dans l’espace, scindée en deux par un astucieux mais ultra dangereux système de marches et avec une scène qui ressemble plus à une estrade improvisée qu’à un lieu de spectacle et ceci complètement perdu dans les fourrés du parc de la Villette.

Sir Richard Bishop en première partie remplace Hahn (le guitariste des cygnes) qui s’occupait de la même tâche l’an dernier. Quand je vois que la scène se compose d’une chaise et d’une paire de pédales en tout et pour tout - comprendre seul et sans micro- je suis à peu près persuadé de m’ennuyer profondément pendant le set. Perdu. Bishop déballe une folk archi dépouillée mais jouée avec une connaissance de l’instrument évidente. Le son du bonhomme est superbe, profond et précis, sa guitare résonne magnifiquement dans toute la salle. Une poignée de morceaux impeccables, ni courts ni longs, l’ennui n’a pas le luxe de se pointer au milieu de ses développements qui font autant écho à Morricone qu’au flamenco sauvage.

Gira a beau revendiquer l’amour, la lumière, la fraternité, c’est bien la haine totale qui est déversée par barils entiers dans un concert des Swans. Ici, l’amour c’est un souvenir, une idée complètement tordue, malmenée, maltraitée. Pas de surprise par rapport au spectacle de l’an dernier, mais quelle déflagration pour les profanes : le gang joue à un volume totalement improbable dans nos contrées (note : en France il est, à priori, impossible de dépasser le 110db), et ne débande pas pendant les 2 grosses heures que dure le set. Souffrance auditive. Gira et ses potes ont une manière simple de faire un concert : prendre un squelette de morceau, l’étendre jusqu'à écœurement via un développement basé sur le rythme et sur le volume. Les rangs n’ont pas changés : Hahn à la guitare lapsteel sur le côté, discret mais ajoutant la touche singulière du groupe via ses lignes glissantes, tout comme son compère derrière lui, Thor Harris (qui porte toujours aussi bien son nom), qui habille le son de ses résonnances métalliques. Il est également équipé d’un rudimentaire kit de batterie lui permettant de renforcer le travail de l’increvable Phil Puelo, frappeur de futs à la puissance et à l’endurance remarquables. Il mène le groupe en second de Gira, puisque logiquement à la tête du rythme permettant à l’orchestre de s’organiser, mais aidé par Pravdica, bassiste au son colossal et souffre-douleur du patron (on y reviendra). Chaque coup de basse est une violation de l’air ambiant, tout se met en branle. De mes chaussettes jusqu’à mes cils, tout vibre à chaque coup venu du frigo qui sert d’ampli au gentleman. C’est surtout Norman Westberg qui (me) passionne. En retrait, il n’échange pas du tout avec les autres, son regard reptilien scrute tout ce qui se passe autour de lui avec un calme désarmant. Contrairement aux autres, il n’a pas besoin des ordres de Gira : les types jouent ensemble depuis 30 ans, et ils sont les deux seuls à tenir le navire Swans. Progressivement le chaos l’appelle. Progressivement il installe ses riffs mono-tons, rythmiques, assassins. Progressivement, il dessine la subtile nuance qui fait des épopées soniques de Gira des œuvres redoutablement épiques. Jouant des volumes, des contre-temps et des arythmies, il est l’ouvrier silencieux, l’exécutant de grande classe qui transforme l’essai systématiquement. Ses apports sont prodigieux, d’une puissance éclatante, d’un maitrise et d’une sobriété remarquables. Cet homme se fait bien trop rare ! Le chef, devant, orchestre le tout, s’avère moins bourré que la dernière fois, se promène le long de la scène, chante, gratouille, se crache volontairement dessus, somme un gazier au premier rang d’arrêter de prendre des photos, demande de la lumière, et se dégourdit les bras. Le set de ce soir me semble plus nerveux que l’an dernier. On sait que Gira n’aime pas le metal, qu’il ne se revendique pas de cette musique cartoon. Dans ce cadre, le bruit des Swans est un mur de violence pur, sec et teigneux, plutôt folk et blues pervers, décharge cathartique. Les structures, le rythme général créent alors une sorte de groove presque surprenant, dont l’âpreté fascine et permet d’esquisser une transe jouissive et inattendue.

Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin et c’est avant la conclusion du set lui-même que j’arrive à saturation. Les 6 arrivent lentement à poser une respiration, longue envolée mélodique arythmique lumineuse qui repart finalement vers le déluge. Je n’y suis plus. Le temps me paraît long. La dernière demi heure me fatigue – pas dans le bon sens. Gira devient le chef pénible : il semble être le seul à savoir où il veut repartir, et doit guider les autres pour mener à son final. Ordres lancés au bassiste avec insistance, puis au batteur, qui tente de comprendre ce que tonton hurle par-dessus les décibels en trop que balance l’armée d’amplis en façade. Regrettable, je trouve que la performance de ce soir est largement au-dessus de celle de l’an dernier, moins cossard, mais la dernière demi-heure me paraît excessive. Non, il n’y a définitivement pas d’amour à ces concerts. Ou alors l’adoration du bruit et du volume.

Crédits photos : Andrey Kalinovsky

J'aime les ours, le whisky et les internets.
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