Earth + Black Spirituals + Don McGreevy & Rogier Smal Duo 24/01/2015 @ Epicerie Moderne

Earth + Black Spirituals + Don McGreevy & Rogier Smal Duo 24/01/2015 @ Epicerie Moderne

Mercredi 21 janvier 2014. Les notes de “A Multiplicity of Doors” envahissent mon appartement depuis quelques minutes quand je réalise soudain que je n’écoute Earth qu’en deux occasions : en fond sonore discret, un bon bouquin dans les mains, et au casque le soir, attendant patiemment que Morphée fasse son apparition. En résumé, l’extrême inverse d’un concert… Le doute m’envahit. Quel peut bien être le rendu d’une musique aussi posée que celle de Earth en conditions live ? Et surtout, vais-je réussir à laisser mes habitudes de côté et à l’apprécier dans ce nouveau contexte ?

Quelques jours plus tard, direction l’Epicerie Moderne où j’espère bien trouver mes réponses.

Mais avant d’en arriver là, place à Don McGreevy & Rogier Smal Duo. Débauché par Earth pour assurer la basse sur cette tournée, le premier est ici guitariste et s’est adjoint les services du second, batteur émérite ayant déjà collaboré avec Dylan Carlson. Le monde est petit.

Les notes de guitare sont comptées, traînantes, et malgré la qualité du jeu de Rogier Smal, l’ensemble est poussif. Des projections à tendance psychédélique font leur apparition sans prévenir au beau milieu du deuxième titre. Si elles détournent mon attention pendant quelques minutes, elles ne parviennent pas totalement à vaincre l’ennui qui me gagne peu à peu. Il faut attendre le troisième et dernier morceau pour que la batterie s’emballe, pour que la guitare se fasse plus énergique, moins sage. La musique du duo prend alors une tournure nettement plus intéressante. Dommage que tout le set n’ait pas été du même acabit.

Imaginez la scène : vous visitez cette exposition d’art contemporain dont tout le monde parle quand tout à coup, au détour d’une salle, vous vous retrouvez nez-à-nez avec un seau posé au sol. Un seau tout ce qu’il y a de plus banal. La présence d’un gardien confortablement assis dans un coin de la pièce vous fait comprendre qu’il ne s’agit pas d’un ustensile laissé par inadvertance mais bel et bien d’une œuvre. Vous en faites le tour, vous l’étudiez sous tous les angles à la recherche d’un indice qui pourrait vous mettre sur la piste de sa signification, en vain. Vous êtes juste face à un seau au milieu d’une pièce. Si vous aviez opté pour une visite guidée, nul doute que le mystère aurait été résolu, au moins en partie. Vous auriez peut-être compris l’intention de l’artiste, ce qu’il avait voulu exprimer à travers son œuvre.

La performance de Black Spirituals m’a laissé aussi dubitative que ce visiteur face au seau. Si j’avais eu une culture musicale un peu plus orientée vers le free jazz ou d’autres genres où l’improvisation est reine, peut-être aurais-je pu m’émerveiller devant la qualité musicale de ce groupe. Ce n’est malheureusement pas le cas. Je ne perçois aucune cohérence dans les expérimentations sonores orchestrées par Zachary James Watkins et Marshall Trammell et au final, le set se termine sans que j’aie réussi à comprendre ce qui s’était passé sur scène…

C’est un Dylan Carlson tiré à quatre épingles qui fait son apparition, suivi de peu par Adrienne Davies et Don McGreevy. Je n’imaginais pas le monsieur très bavard et pourtant, il profite des réglages de dernière minute pour nous dire à quel point il est heureux de retrouver l’Epicerie Moderne pour la troisième fois (avant de lancer une petite pique à l’encontre de Paris) puis pour nous présenter les morceaux qui vont suivre. Le concert peut enfin commencer.

Eloge de la lenteur. Je suis sûre que M. Carl Honoré ne m’en voudra pas trop de lui emprunter le titre de son livre pour décrire la prestation de Earth. N’y voyez aucune connotation péjorative, bien au contraire. Car si la lenteur est habituellement synonyme de mollesse et autre défaut, les Américains ont, eux, choisi de la sublimer.

Dans une ambiance feutrée et intimiste, Dylan Carlson et ses acolytes prennent leur temps pour développer chaque morceau, pour le faire grandir jusqu’à ce qu’il atteigne sa pleine puissance mélodique. Si certains passages s’emballent ici ou là, ils ne le font jamais complètement et à ma grande surprise, on n’en retire aucun sentiment de frustration. Peut-être parce qu’il y a tant d’autres choses dans lesquelles notre esprit peut se perdre. Il est tellement facile de fermer les yeux et de se laisser porter par la musique, de se plonger dans la contemplation des projections minimalistes qui font parfois leur apparition. Mais le mieux est peut-être encore d’observer les trois musiciens.

Le jeu minutieux et précis de Don McGreevy. La délicatesse avec laquelle Dylan Carlson manipule sa guitare. Les gestes aériens d’Adrienne Davies qui lui donnent des airs de chef d’orchestre, la comparaison étant encore plus vraie quand le reste du groupe se tourne vers elle, attendant son signal pour poursuivre. Chacun à sa manière accentue un peu plus l’impression que la course du temps s’est considérablement ralentie depuis le début du concert…

Mes craintes initiales ont été balayées avec une facilité déconcertante mais comment pouvait-il en être autrement face à une telle maîtrise ? Messieurs, Madame, un immense bravo.

 

Crédits photos : Rémy Ogez

Quand je ne regarde pas une compétition de saut à ski, j'écoute de la musique à un volume sonore déraisonnable.

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