S/V\R - D/MO + Perdue/Abattue (2011)

S/V\R - D/MO + Perdue/Abattue (2011)

Montréal renferme une grande quantité de secrets bien gardés, autant en musique que dans les arts en général. Heureusement, la chance nous guide parfois au bon endroit, au bon moment. C'est ce qui est arrivé lors d'une sombre soirée passée à la Death House, recroquevillé en observant Monarch! qui déconstruisait les atomes crasseux de cette petite salle avec leur Doom extrêmement violent. Sans entrer dans les détails, c'est durant cette nuit que j'ai fait la rencontre de l'un des deux membres du nouveau projet S/V\R (acronyme ayant pour signification Sévère).

Ce duo vous est probablement familier si vous appréciez la formation montréalaise Menace Ruine, puisqu'il inclut l'un des membres de ce groupe œuvrant dans un black métal, incluant une touche d'expérimental et d'électronique. Donc si vous êtes un habitué de Menace Ruine, vous ne serez pas déstabilisé par le chant de S/V\R. Bien que ce nouveau projet existe depuis peu, nous avons déjà eu droit à plusieurs parutions cette année que je vais me faire un plaisir d'analyser dans cette même critique puisqu'elles sont très différentes les unes des autres.

Ce qui m'a tout d’abord charmé chez S/V\R fut la très puissante imagerie de leurs artworks, aussitôt vus, aussitôt compris. Notre cerveau comprend rapidement que le résultat sera lugubre et mystérieux. Heureusement, ce n'est pas sombre d'une façon habituelle, les clichés de la musique dark sont tous éclipsés sur le premier morceau que j'ai entendu d'eux, soigneusement intitulé "D/MO". Cet intelligent duo nous surprend dès le premier morceau avec une immense influence pop electro / synthpop extrêmement malfaisante et massive. Vous aurez l'impression d'entendre du Devo mixé à de l'industriel dans la veine des Godflesh et Skinny Puppy, tout cela entrecroisé d'une voix rappelant un projet black métal des plus malsains.

Ce démo d'une quinzaine de minutes est extrêmement puissant et viscéral, il se trouve définitivement parmi mes sorties locales préférées des dernières années. Le son produit par ses deux musiciens québécois est l'un des plus originaux que j'ai eu la chance d'entendre depuis un bon moment. La précision et la répétition des percussions électroniques vous frappent en plein subconscient et votre cerveau en redemande constamment si vous êtes masochiste. Ce qui est mon cas. La douleur et l'appréciation sont les deux émotions que mon corps encaisse lorsque S/V\R résonne dans mon système sonore. C'est un mal de vivre qui se traduit par des passages électroniques dévastateurs et des paroles vicieuses et sournoises (en matière de structure vocale et non de signification). Bref, un album essentiel pour les fans de musique noire ou un challenge musical qui vous sort de vos sentiers habituels.

Cette toute nouvelle sortie en format cassette sera à mettre entre les mains de tous les fanatiques de musique ambiante / électronique. Quoique moins intense que le précédent D/MO, cette œuvre est beaucoup plus inquiétante. La peur et l'étrange se réunissent pour vous foutre une claque au visage bien méritée. Encore une fois, l'artwork est déstabilisant et la version physique vous en mettra plein la vue avec sa magnifique pochette incluant des photographies mystérieuses et une typographie totalement maîtrisée.

Comparativement au D/MO, cette cassette est totalement instrumentale et divisée en deux portions bien distinctes. Le premier côté vous offre un noise/ambiant très agressif et apocalyptique. Certains morceaux comme Abject vous rappelleront d'excellents disques comme "Fantasma-Parastasie" de Tim Hecker et Aidan Baker, sans pour autant tomber dans le copié-collé. La ressemblance se retrouve plutôt au niveau de l'émotion intense éprouvée lors de l'écoute. L'absence de percussion sur la première face, intitulée "Perdue", permet à S/V\R d'offrir les compositions les plus déstructurées de leur jeune discographie.

La partie n'est que remise en deuxième moitié, puisque la pièce "Abattue" vient vous trancher la gorge avec sa courte introduction très angoissante et des martèlements magistraux du percussionniste. Cette pièce maîtresse de l'album démontre toute la vision musicale de ses créateurs et la profondeur de leurs cultures musicales. Le rythme de synthétiseur qui prend place en milieu de morceau à de quoi vous faire chier dans votre froc si vous êtes seul dans une ruelle en pleine nuit. Les deux derniers titres sont une finalité en soi, c'est en quelque sorte le comble de l'auto-destruction. C'est la trame sonore d'un mauvais souvenir, le passé qui revient vous hanter, la terreur et l'angoisse remixées en bruit. Les dix minutes qui concluent la face B sont totalement absentes d'imagerie, si vous réussissez à comprendre correctement et à vous investir à 100% dans l'écoute de ses deux titres vous aurez l'impression que c'est une tuerie dans votre crâne. Vos neurones se font la guerre et vous ne survivrez pas à cette écoute. J'espère en avoir assez dit pour vous faire peur et vous donner envie de vivre les mêmes émotions que moi sans toutefois avoir mis la barre trop haute lors de cette critique. Ne vous laissez pas décourager par la première écoute: dans un climat propice et avec quelques efforts supplémentaires, vous aurez peur… c'est non négociable.

Note : 4.5/5

Site web : http://www.s3v3r3.org/
Téléchargement : http://s3v3r3.bandcamp.com/

* LE D/MO est volontairement disparu du web, si vous avez envie de retracer cette parution écrivez-moi.

S/V\R - D/MO + Perdue/Abattue (2011)
S/V\R
Perdue/Abattue
Perdue
Abject
H.P.O.R.N.
Une Horreur De Soi
Abattue
Affrontement
Anéantissement
Chroniqueur montréalais pour Pelecanus depuis juin 2010 ayant participé à l'organisation de concerts ainsi qu'au défunt projet de webradio.

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