Germain Kpakou : responsable de l'agence YLLW et opérateur du Austin Angers Music

Germain Kpakou : responsable de l'agence YLLW et opérateur du Austin Angers Music

Angers, la nouvelle destination du psychédélique ? En un mot comme en mille : OUI. Germain, membre de Austin Angers Music et de l'organisation du Levitation Festival s'est prêté au jeu du portait.

Présente-toi brièvement à nos lecteurs "internautes" : comment t'appelles-tu, d'où viens-tu et que fais-tu dans la vie ?

Je m’appelle Germain Kpakou (prononcer Kwakou). Je vis à Angers et j’y dirige une agence appelée YLLW (prononcer Yellow). Cette activité m’amène à travailler sur plusieurs projets à la fois. Austin Angers Music est un bon exemple de ces projets sur lesquels je travaille. C’est via cette structure que l’on accueille les 19 et 20 septembre à Angers le festival Levitation qui est une réplique du Austin Psych Fest à Austin.

On a tous un album, un mouvement musical, une personne qui a changé notre vision de la musique, quel est ton parcours personnel ?

J’ai grandi à Angers. Je peux donc affimer avoir d’abord été touché par une réussite locale qui est celle des Thugs, psychédéliques à leur manière. À l’époque j’avais compris que c’était important tant musicalement que dans la démarche. Après, à bien y regarder, je crois que ce sont surtout les scènes qui m’ont touchées : Seattle, Chicago, Washington, … Toute cette frange des États-Unis est arrivée jusqu’à moi par une personne qui s’appelait Iain Burgess et qui a monté le Black Box Studio dans la campagne d’Angers.

Ton implication dans la musique? Le moment où tu as franchi le pas? Celui où, si c'est le cas, cette activité est devenu ton métier ?

Aujourd’hui la musique je la vis par une triple casquette. Public, musicien, métier. Bizarrement j’ai presque été musicien avant d’être public puisque je n’ai eu le droit que très tard de sortir aux concert. Pour ce qui est de mon métier, ça l’est devenu en 2005 quand j’ai rejoint les rangs d’une agence de booking à Bordeaux. Je ne peux donc pas vraiment donner de date à tout ça mais un très large pan de ma vie est occupé par la musique aujourd’hui.

Les principales difficultés que tu as rencontrées ? Celles que tu rencontres encore ?

La frontière entre le métier et la passion peut-être. Quand tu sors à un concert, ça peut être chiant de rester trop dans le boulot et commencer à compter le nombre de backliners plutôt que de regarder le concert. Mais la vraie difficulté aujourd’hui en France, c’est la reconnaissance de nos métiers. On est encore trop souvent dans une case “à part” du circuit économique et des fois ça nuit à nos activités. À Austin, ils ont très bien compris ça et ils ont parfaitement intégré la filière musicale à la ville si bien que musiciens, entrepreneurs, public s’y retrouvent en masse et de là Austin devient capitale du Live dans le monde.

Ton avis sur l'éthique du DIY ? Ta propre définition ?

Très récemment je regardais la conférence que Dave Grohl a donné à Austin l’an passé durant le festival ‘South By South West’, une grande messe de la musique aux États-Unis. Il disait ceci : “Our reward was knowing that we have done all of this on our own and it was real”. Voilà, pour moi, une excellente définition du DIY.

Tes projets ? Comment vois-tu ton activité évoluer ? Tes souhaits ? Tes craintes ?

Mes projets : plus de musique, plus de concerts, plus d’émotions. C’est schématique comme vision mais dans la même conférence que je viens de citer plus haut, Dave Grohl rappelait également cela : “The musician comes first”. Je pense que ça devrait être une ambition permanente pour nos métiers comme pour nos habitudes : ce sont les artistes qu’il faut servir et non pas l’inverse. C’est donc à la fois un souhait et une crainte.

Ton album ultime ? Le concert auquel tu penseras toujours ?

Disons que mon album ultime restera Pinkerton de Weezer mais qu’il a pris un coup sur la tête le jour où j’ai mis Goat de Jesus Lizard dans ma platine… Pour le concert mon plus lointain souvenir c’est Chokebore en 2000 je crois à Fontenay Le Comte. Mon plus récent c’est peut-être Mono au Austin Psych Fest 2014.

Ton instant musique de prédilection pour la ressentir au maximum ?
Je pense que la musique a une relation spéciale avec le fait de se déplacer. En voiture ou en train, même en marchant je crois que c’est là que je préfère l’écouter.

Quel est ton rapport avec un instrument de musique ? Fascination, peur, frustration ?

Comme je le disais plus haut, l’instrument de musique s’envisage de plusieurs manière pour moi… Dans les mains de Jack White on parle de fascination, dans mes mains avant de monter sur scène il y a un peu de peur c’est sûr. Pour la frustration ça vient surtout quand tu ne peux pas jouer autant que tu voudrais ce qui est mon cas : jouer d’un instrument c’est pas loin d’être le meilleur job sur terre !

Parmi les nombreux styles de musique autour desquels nous gravitons, lequel t'est le plus cher et pourquoi ?

La question des styles est toujours une question difficile. Pour faire court et ne pas vraiment répondre je dirais que j’aime la musique quand elle demande de l’engagement physique. Je trouve que ça donne de l’intensité aux concerts, aux disques. Partant de là, post-rock, math-rock, rock psychédelique, “whatever”-rock je crois que ma ligne conductrice c’est le rock au final.

Es-tu capable d'écouter des choses totalement différentes ? Si oui des exemples pour tenter de nous faire peur ?

Pour répondre à cette question, je viens de regarder mes dernières écoutes Deezer puisque c’est vraiment ce qui fait office de Radio dans mon bureau. On retrouve pêle-mêle The War On Drugs, Stromae, Woods, Foals, Christine And The Queens, Burning Airlines, Bon Iver, Kanye West, Royal Blood, The Black Angels et... j’ai même retrouvé le titre de Jason Derulo avec Snoop Dog parce que cette musique me fait complètement halluciner ! Par contre quand on me demande ce que j’aime, je ne réponds jamais “un peu de tout”... je déteste cette non-réponse.

Dans quoi mets-tu le plus d'argent ? Vinyles/CDs/Bandcamp, concerts, merchandising ?

Je fais partie de ces cons qui ne paient pas leurs concerts ou très peu. Mais si je dois schématiser je dépense rarement sauf quand c'est de la main à la main avec le groupe ou son label. Je fais partie de ceux dont les pratiques et les dépenses les ont habitué à se passer des intermédiaires. Je ne fais quasiment aucun achat numérique, je préfère les objets, le vinyle avant tout.

As-tu une "consommation" similaire dans d'autres formes d'art ?

Pas franchement. Je vis avec une artiste avec qui j’ai découvert l’art contemporain. Je regrette de ne pas m’y être intéressé plus tôt car ça me passionne littéralement. Je n’achète rien mais mes yeux consomment beaucoup. Pour les autres formes d’art je reste celui qui se déplace quand on le lui propose, rarement par moi-même, soyons honnête.

Tes parents écoutaient quoi quand tu étais enfant ?

Un mélange extrêmement bizarre de musique africaine pour mon père et de chanson française pour ma mère. Ma première cassette c’était Balavoine et mon premier vinyle Toumani Diabaté. Toumani j’écoute encore. Balavoine je n’écoute plus que les parodies éventuellement.

Le mot de la fin : il est à toi, dis ce que tu veux.

Ces deux dernières années de travail avec Austin m’ont amené à faire la connaissance de Alex des Black Angels avec qui j’ai passé des moments très inattendus. Je vais donc lui offrir ce mot de la fin car il a été une rencontre fondatrice dans mon intérêt pour Austin et dans mon approche de la musique psychédélique. Live long !

Germain Kpakou : responsable de l'agence YLLW et opérateur du Austin Angers Music
Journalist, radio speaker, PR guy, booker, crate digger, community manager, promoter. Je pourrais aussi l'écrire en français, il est vrai...

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