Voices From The Lake + Stärker + Terence Sharpe + Lao Rìne 06/11/2015 @ Centre Phi, Montréal

Voices From The Lake + Stärker + Terence Sharpe + Lao Rìne 06/11/2015 @ Centre Phi, Montréal

Rares sont les opportunités de couvrir une bonne soirée de musique électronique sur Pelecanus. Ce n’est vraisemblablement pas le style de prédilection de la plupart des membres de la rédaction, mais avec cette nouvelle vague de musique électro un peu plus expérimentale et noire, plusieurs lecteurs du site s’intéressent certainement à cette sphère musicale fascinante. Les chandails de Primitive Man et Ufomammut qu’arboraient des spectateurs confirment certainement cette nouvelle tangente des fanatiques de musique plus lourde.

Terence Sharpe

À mon arrivée, une ambiance obscure régnait dans le Centre Phi, les spectateurs s’amassaient doucement devant la scène pour capter les premières sonorités du montréalais d’adoption Terence Sharpe. Ses compositions oscillaient généralement entre un son minimal et des passages de noise tranchants. Lorsque je fermais les yeux, j’avais l’impression d’être prisonnier de la cage thoracique d’un être tourmenté et de sentir ses pulsations cardiaques me démolir les tympans.

Le résultat était loin d’être dansant, c’était à des années-lumière de ce que propose Voices From The Lake, mais la qualité de sa performance ne laissa aucun spectateur indifférent. Une merveilleuse expérience de début de soirée, chapeau à Eliptik Magazine et Human Pause pour avoir déniché un artiste unique pour ouvrir le bal. Les dix dernières minutes de sa prestation furent un moment fort en émotions, éclipsant même les trois autres artistes au niveau des décibels et de l’intensité. À ce moment, j’avais la vague impression de me tenir devant JK Flesh.

 

Stärker

Depuis leur apparition au dernier festival Mutek en compagnie de Steffi, Andy Stott, Rrose et Lucy, je cherchais désespérément à voir le duo Stärker sur scène. Les deux Québécois Martin Dumais (Aun) et Frédéric Arbour (Cyclic Law) proposent un électro froid et glauque. Heureusement, des projections abstraites venaient mettre un brin de lumière sur le voile d’obscurité créé par les deux musiciens terriblement talentueux. Tout semblait calculé au quart de tour, de l’efficacité à l’état brut. C’est à ce moment précis que j’ai réalisé que je me tenais devant l’un des projets musicaux les plus prometteurs et impressionnants de la ville.

La foule semblait figée devant le mur de son élaboré par Stärker, malgré l’apparition spontanée de rythmiques entraînantes. Il était impossible de réellement s’abandonner à la danse, le plaisir était plutôt contemplatif que participatif. Si jamais vous doutez encore de l’aspect sombre de la musique de Stärker, il suffit de prendre connaissance du nom de l’ordinateur qui avait la tâche de faire défiler les projections. Lors du seul bémol de la performance, une erreur informatique nous révéla l’écran de veille incluant le classique logo d’Apple et le nom d’utilisateur de la session… Total Satan!

 

Voices From The Lake

L’alcool coulait à flot et la salle atteignait tranquillement sa pleine capacité, le duo italien composé de Donato Dozzy et Neel ne se fit pas attendre très longtemps. Une introduction plutôt lente d’une quinzaine de minutes permit aux retardataires de s’installer sur le plancher de danse afin de se faire engloutir dans la dimension créée par Voices From The Lake. L’atmosphère était totalement différente des précédents projets musicaux, l’éclairage beaucoup plus coloré créait une connexion plus facile entre les musiciens et le public. Pour être honnête, mes attentes étaient très floues puisque ce projet est capable de nous transporter avec un électro très ambiant et cérébral, mais il peut parfois nous envoûter avec ses rythmiques terriblement efficaces. J’ai rapidement rangé mes doutes puisque nous faisions face à une véritable machine de guerre, une surdose d’efficacité.

Une vaste expérience transpirait des deux membres de Voices From The Lake, tout semblait facile et amusant. C’était agréable de voir Donato et Neel communiquer fréquemment afin de s’assurer d’en mettre plein les oreilles à la foule montréalaise. Aucun répit ne nous était offert, le duo donnait l’impression de pouvoir alimenter le parterre pendant de nombreuses heures. C’était une décharge de techno expérimentale absolument satisfaisante, la salle leur appartenait, ils agissaient en maître à l’intérieur du vortex qu’ils avaient su mettre en place au Centre Phi. C’est après deux heures de délice auditif qu’un problème technique est venu mettre un terme à la situation. Ils ont bien réagi face à un appareil qui semblait avoir rendu l’âme, une courte improvisation s’en suivit et donna lieu aux derniers instants de cette vivifiante prestation.



* Nous n’avons malheureusement pas pu assister au DJ set de Lao Rìne qui clôturait la soirée.

Chroniqueur montréalais pour Pelecanus depuis juin 2010 ayant participé à l'organisation de concerts ainsi qu'au défunt projet de webradio.

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