Roadburn 2017 : jour 02 - « De quoi te donner envie de tuer ta grand-mère »

Roadburn 2017 : jour 02 - « De quoi te donner envie de tuer ta grand-mère »

Après une excellente mise en bouche pour mon premier Roaburn, j’arrive doucement dans la Green room pour découvrir sur scène Gnaw their Tongues, projet principal de Maurice de Jong, un Allemand multi-instrumentaliste responsable d’une série d’album glauque ambiant taquinant le black metal, aussi compositeur dans Aderlating ou De Magnia Veterum. Autant le live d’Aderlating il y a des années (en ouverture de Integrity) dégageait une atmosphère malsaine, autant sa prestation avec une chanteuse sur la scène du Roadburn enlève toute mystique au projet.

Magma développe des compositions uniques et milimétrées mais où chaque musicien apporte une contribution conséquente mais équilibrée.

Je continue ma journée avec un groupe dont la réputation monumentale me préparait à une déception de la même taille. Magma est un pilier de la musique expérimentale française dont j’ai tellement entendu parler que j’ai toujours eu peur de m’approcher de leur épais catalogue. Accompagné de potes un peu dubitatifs eux aussi, je pénètre le 013 pour commencer ce vendredi avec un concert envoûtant. Loin de l’éblouissement technique auquel je m’attendais, Magma développe des compositions uniques et milimétrées mais où chaque musicien (trois chanteur/ses, un batteur, un guitariste, un bassiste, un xylophoniste, un clavier) apporte une contribution conséquente mais équilibrée. Un spectacle puissant seulement interrompu par l’impératif constant du festival : ne pas manquer un autre concert indispensable.

Quand j’arrive à me faufiler dans la petite salle de l’Extase, le concert de King Woman se termine sur un dernier morceau. Petite déception encore diminué par un son de mauvaise qualité et un chant pas aussi maitrisé que sur disque. A revoir néanmoins dans de meilleures conditions car Created in The Image of Suffering le mérite bien.

Passage express ensuite à Zhrine, faute à une trop grande queue devant le Patronaat histoire de se rassurer qu’on ne manque rien d’exceptionnel. C’est le cas mais il y a tout de même un petit truc agréable dans le peu que j’aurais entendu donc, à revoir. En revanche, les LP à 30 Euros, c’est « un peu » trop cher.

Oathbreaker en revanche se donne à fond, comme d’habitude, et mérite bien sa place sur la grande scène du 013.

Oathbreaker en revanche se donne à fond, comme d’habitude, et mérite bien sa place sur la grande scène du 013. Le timide et sauvage groupe de hardcore à la Rise and Fall joue maintenant plutôt dans la cours de Chelsea Wolfe en mode Black metal et le fait avec beaucoup de talent. Les compositions sont là, la voix de Caro Tanghe a gagné en assurance et le jeu de lumière permet à la prestation de gagner en ampleur.

A ce moment poignant fait suite un concert moins puissant mais tout aussi maitrisé par le duo de Big Business. Les gaillards assurent parfaitement leur rock à deux instruments et permettent de respirer grâce à des morceaux plus légers tout en restant en harmonie avec l’étiquette bizarroïde du festival.

Retour ensuite sur la grande scène pour la prestation de Chelsea Wolfe. La grande dame est devenue une experte et lance un sort à tout l’auditoire par le biais de ses chansons douces et étouffantes à la fois. Bien que quiconque l’ayant vu ces deux dernières années ne puisse être surpris, sa musique à la puissance discrète a tant de personnalité qu’elle envahit l’espace sans grands effets de style et capture l’auditoire pendant une heure.

Nous sommes Whores nous dit le guitariste à la fin du concert. Et ben moi aussi mec, moi aussi.

Tout le contraire de AmenRa dont les concerts ne possèdent plus grande surprise et assomment le public avec des riffs plombés déjà plus originaux à leurs débuts. Néanmoins, il y a un truc chez AmenRa qui fait qu’on se laisse aisément happer par l’oscillation quasi-mécanique de leur musique.  Deux morçeaux me suffisent toutefois car Whores m’attend dans la Green room. Le noise rock des Américains est lui aussi sans fioritures et balance le gros son sans chercher la complication mais bon dieu que c’est jouissif. Le trio balance ses instruments comme un jeune groupe de hardcore chaotique mais déroule à la place des riffs au groove imparables. Même la mort abrupte de la tête d’amplis du guitariste n’empêche pas le groupe d’assurer en prolongeant une rythmique basse batterie jusqu’à ce que les ennuis soient réglés. Victoire par k.o. et public converti. Nous sommes Whores nous dit le guitariste à la fin du concert. Et ben moi aussi mec, moi aussi.

Pendant que la file se développe de plus en plus devant le Patronaat pour aller voir Zeal and Ardor, un concert plus conventionnel mais néanmoins très plaisant se déroulait sur le 013. John Baizley, curateur du festival, était venu avec Baroness pour donner un concert pour plaire autant aux vieux fans qu’aux nouveaux en allant piocher dans tous ses disques (et non EP, pour ce que j’en ai vu), avec un jeu de lumière en accord avec chaque période. On commence avec le Red pour passer au Blue suivi par le Yellow, le Green et enfin le Purple. The birthing (pas joué depuis 2012 parait-il), A horse called Golgotha, Wanderlust, The sweetest curse, Little things, Board up the house… il y en avait pour tout le monde pour peu que l’on ait suivi et apprécié la carrière de Baroness. Un très bon moment de musique avec des artistes démonstratifs et enthousiastes. Un groupe qui ne m’a jamais déçu sur scène.

Les Français de Fange m’ont promis avant le concert de vouloir vider la salle et ils y mettent du cœur.

Après tant de positif, c’est le moment de faire un peu de place au négatif. Les Français de Fange m’ont promis avant le concert de vouloir vider la salle et ils y mettent du cœur. Larsen en avant et gros riffs sludge blindés d’un son à la Entombed, il y a de quoi dépayer le public de hippie du Roaburn mais alors que certain(e)s prennent la poudre d’escampette, d’autres y trouvent leur bonheur et apprécient. Un spectateur tente même de monter sur scène avant de se faire rejetter par le chanteur et ainsi provoquer par son atterrissage forcé le premier mosh pit du festival. Un exploit pour un public aussi calme que celui du Roadburn.

Avec un tel deferlement de sludge négatif, le temps est venu de prendre une bonne dose de hardcore haineux dans la tête avec Integrity. Malheureusement, l’immense majorité du public est plus motivée pour danser au son de Perturbator plutôt que pour faire du two step, ce qui laisse le 013 incroyablement vide. De plus, à peine sortis du studio pour enregistrer un nouvel album, ce nouveau line up n’est pas encore très à l’aise sur scène et peine à balancer le gros son. Les deux guitaristes ont chacun un style un peu trop différent (l’un crache du larsen tandis que l’autre, tenu par Dominic Romeo de A389 Records et ex. Pulling Teeth, a un son très propre) et le batteur ne cogne pas assez fort. Ajoutez à cela un public peu réactif à l’exception d’un fan venu seulement pour hurler « Micha » entre chaque morceaux, et on a la recette d’un concert décevant.

Une fin de journée un peu frustrante mais qui n’éclipse en rien le génie des autres prestations ni la réputation d’Integrity. Il faudra en revanche faire tourner un peu plus la machine pour la rendre capable de retourner un public comme l’avait fait Dwid Helion et son orchestre en ouverture de Converge il y a neuf ans au Trabendo.

25/02/82, 1m80, à peine 60 kilos et élevé pour parcourir le macadam parisien de refuge en refuge jusqu'à son déménagement à Londres. Chroniqueur rock de 2004 à 2010 sur Eklektik-rock puis sur la fille du rock depuis 2010, bibliothécaire 2.0 depuis 2008, passionné de musique (metal, jazz, rap, electro …) et de comics. Ecrit aussi en anglais sur Delay and Distorsion (Chronique musicale).

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