Roadburn 2013 : journal de bord jour 02 - L'orgie électrique sous acides

Roadburn 2013 : journal de bord jour 02 - L'orgie électrique sous acides

19 avril : kukeleku ! Il est déjà 10h30 et nous émergeons d'une soirée plutôt calme il faut l'avouer. Pour tous ceux qui couvrent le festival pour un média, le vendredi midi est réservé à un "network meeting" permettant de rencontrer des acteurs aussi diverses que variés de la scène culturelle indépendante et rock. Après avoir échangé avec quelques photographes, bookeurs et autres travailleurs de l'ombre, nous nous préparons à commencer la journée comme celle d'hier avec un énorme groupe dans l'excellent Het Patronaat du nom de Kadavar.

Le phénomène rock allemand était convié, alors qu'il vient de sortir son second album Abra Kadavar via Nuclear Blast (oui), à participer à l'édition 2013 du festival. Les ayant déjà vu le dimanche d'avant à Paris, j'étais plutôt curieux de voir si ils réservaient quelque chose de spécial pour leur passage à Tilburg. Et mes attentes ont été comblées. Certes le set comme celui à la Maroquinerie comportait son lot réglementaire de nouveaux morceaux puis quelques anciens, mais il a aussi été l'occasion de faire monter Shazzula (musicienne déjà vue aux côtés de Aqua Nebula Oscillator ou White Hills et aussi créatrice du film Black Mass Rising) afin de participer à l'effort psychédélique à coups de thérémine.

(( J'en profite pour faire un aparté, ayant vu la pochette du dernier Kadavar un bon nombre de fois avant de les voir sur scène, j'ai été interpellé par le fait que tous les membres semblaient avoir la bonne tête... sauf le bassiste ! Kadavar a visiblement dû se séparer de son bassiste juste avant la tournée, et a tout simplement pris Alexis Raphaeloff, bassiste d'Aqua Nebula Oscillator. Tout s'imbrique donc. Je ferme la parenthèse. ))

La prestation du groupe fut encore plus intense que celle de la Maroquinerie à Paris, le son aidant beaucoup à cela. La voix et la guitare se décochant alors mieux du lot. C'est donc avec une nouvelle claque dans la poche, avec un Het Patronaat bondé et un public conquis que nous quittons les lieux tout juste avant la fin, histoire de trouver une place correcte à la main stage du 013 pour découvrir Sabbath Assembly en conditions live.

Lorsque nous arrivons, G.P. Orridge est en train de proférer un texte autour de l'amour, de dieu et du diable participant à la balance du groupe. Jean-Philippe, un lecteur du site, m'explique que la bassiste/chanteuse du groupe a aussi participé au premier album de Wolves in the Throne Room. Bien. De mon côté je sais que je ne déteste pas le projet, m'étant passer Ye Are Gods ces derniers mois, mais je repense à ce côté chiant des speech qui pètent les compositions du groupe et les font, à mon sens, dériver.

Et bien sur scène c'est la même. Déjà que le groupe est poussif au possible, les premiers morceaux se verront couper de paroles incantatoires, parlées, n'ajoutant absolument rien à l'expérience, au contraire. Un mec est là depuis 2 morceaux sur la droite, avec un look de curé. Il a à peine le temps de participer à un morceau que nous lâchons l'affaire.

Ce n'est pas le tout mais, un show d'Uncle Acid, ça se prépare. Ça se prépare tellement fort que nous arriveront à la bourre... Mais pas de soucis, la main stage, bondée laisse encore de la place au deuxième étage, je me cale et profite du spectacle. Je note rapidement plusieurs choses intéressantes sur le portage live du groupe. En plus de ne pouvoir avoir cette compression vintage comme en studio, les voix ne sont pas aussi aigües que sur album, et un autre guitariste aide le premier avec des back vocal. Et ça rend plutôt bien. Les mecs envoient du bois et toute la salle semble plonger doucement dans une époque bien loin de la nôtre, sombre et pleine de vices. Ayant bien fait mes devoirs avant de partir, je m'étais tapé les nouveaux morceaux. Et je valide, Uncle Acid signe non seulement un excellent nouvel album mais aussi des prestations d'excellentes qualité. Qu'est-ce qui empêche cette prestation d'être celle du festival ? La salle. Ce groupe au Het Patronaat aurait littéralement tranché des têtes. Mais l'équipe du Roadburn sachant qu'ils attireraient autant de monde, ont évidemment préféré les placer dans la plus grande salle. A revoir en club absolument.

Le prochain groupe à s'offrir à nous est Eternal Tapestry au Het Patronaat. Une fois encore nous allons recevoir une grosse dose de psychédélisme et d'expérimentation, mais d'une lourdeur inhabituelle. Le show commencera par une longue introduction qui fera vrombir la salle comme jamais pour un groupe aussi peu violent en ces lieux. Le guitariste, un petit bonhomme aux cheveux ébouriffés écrasés par une casquette de camionneur, semble jouer de la guitare d'une manière très particulière, sèche, comme si il se battait avec, sortant des solos atypiques sur une section rythmique décidément motivée à faire effondrer les murs. Je ne retrouve pas forcément les morceaux de "Dawn in 2 dimensions", mais ça gère et je me note dans un coin de devoir écouter leur dernier album "A World Out Of Time" sorti chez Thrill Jockey.

On se fait violence une fois de plus et on quitte Eternal Tapestry, direction la main stage du 013 pour les curateurs du festival : Electric Wizard et, ce n'est pas une surprise, même en arrivant largement à l'avance c'est plus que blindé. Je me faufile entre les festivaliers, essaye de trouver un champ de vision correct. Le groupe livre un doom plus que lourd sur fond de vieux films érotico-gores. C'est sympa mais à cette distance ce n'est pas trippant constamment. Les morceaux s'enchaînent, des plus vieux, des plus récents avec The Nightchild, Black Mass et puis un morceau du dernier 7 pouces avant de terminer sur 2 pavés classiques Funeralopolis et Dopethrone.

Pour les deux derniers morceaux je dois l'avouer, je n'étais déjà plus là, j'étais confortablement installé au premier rang du Het Patronaat pour un des groupes les plus attendus en live avec Uncle Acid et Kadavar cette année : Goat.

Comme prévu, grosse claque. Les Suédois, tous masqués et affublés de déguisements exotiques nous ont livré un furieux mélange de rock, funk et afro-beat absolument renversant. Pendant une heure la salle se retrouvera baignée dans une énorme fête où le public ne résistera pas à dandiner du boule sans réserve, moi le premier. On survole les désormais classiques du premier album dont le tubesque "Run to Your Mama" puis des nouveaux morceaux qui, même si une partie de la salle ne les maîtrisait pas, n'ont absolument pas refroidi l'ambiance. Les deux chanteuses/danseuses du groupe font virevolter des tambourins et des accessoires en tissus, ne cessant à aucun moment leur transe/danse qui fera tourner des têtes aux premiers rangs. Toujours devant, un percussionniste encagoulé, dont les yeux, seul élément apparent de son visage, se feront hallucinés, jusqu'à ce qu'il les referme pour mieux savourer la transe dont il était en partie le géniteur.

Le groupe termine sa prestation après un morceau laissant la part belle aux musiciens, et on reste là complètement en eau à attendre l'absolu opposé en terme d'ambiance soit les Belges d'Amenra. J'aurais adoré voir Psychic TV PTV3 et le/la légendaire G.P. Orridge, mais Amenra au Het Patronaat ça ne se loupe pas. Surtout qu'il s'agira ici de ma première expérience avec le groupe (qui ne passe pas souvent à Montréal).

Le groupe tend un drap plus large que l'écran, de peu, histoire de pouvoir projeter des images sublimes en noir et blanc tout le long du set. Je range mes lunettes. Les membres font leur balance calmement. Colin le chanteur n'apparaîtra qu'au dernier moment, torse nu, dans très peu de lumière, de dos, prêt à décocher ce qui va s'apparenter à un énorme coup de poing dans le sternum. C'est simple, en live, j'ai rarement ressenti ça et ce n'est pas parce que tout le monde me vend le groupe en live depuis des années. Le public est lui aussi touché par la fureur noire du groupe et s'agite méchamment. Mon voisin perd ses lunettes, tout le monde lui rattrape avec un sourire. La violence apparente à certains n'est en fait qu'une agitation de l'esprit, et le mien part en morceaux sous les riffs du groupe. La chaleur monte, le morceaux s’enchaînent, certains quittent la salle en cours de route. Le groupe place 4 titres sur 5 de leur dernier album Mass V disséminés tout le long du show, qui sembleront plus poussifs, pas parce qu'ils ne sont pas bons, mais plutôt parce qu'ils relèvent trop souvent de la même structure, celle qui fait quand même mouche à chaque fois. Gros final sous le poids de Silver Needle. Golden Nail, sur lequel ma pression sanguine se cale. Une fois de plus je quitte le Het Patronaat complètement rincé. L'esprit brossé de l'intérieur par une lame de fond gigantesque.

Certains parleront aussitôt de LA prestation du festival, mais moi, je garde espoir car demain The Ocean, Cult of Luna et Godflesh nous attendent, sans parler des imprévus qui souvent au Roadburn s'avèrent être de véritables révélations.

Crédits photos : Andrey Kalinovsky / CSAOH.com

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