Roadburn 2012 : journal de bord jour 02 - Au-delà du réel

Roadburn 2012 : journal de bord jour 02 - Au-delà du réel

13 avril: le jour 2 de ce Roadburn était le jour le plus excitant du festival selon mes préférences, pas nécessairement pour la popularité ou la qualité des artistes présents, mais plutôt en fonction de la rareté de ceux-ci. De plus, c'était le fameux jour où les trois artistes québécois avaient la chance de jouer. J'étais très fier de la présence de Dopethrone et Aun, j'avais bien hâte de voir comment ils allaient se tirer d'affaire. Ce vendredi roadburnien proposait également deux artistes français que je mourais d'envie d'expérimenter, soit Celeste et Huata. Décidément, j'allais en avoir pour mon argent avec tout cela au programme!

La journée commença bien tranquillement avec un concert acoustique de Wino & Conny Ochs. Ces deux musiciens grandioses étaient en tournée afin de défendre leur premier album en duo intitulé Heavy Kingdom. Comment ne pas apprécier la magnifique voix de Scott "Wino" Weinrich? Après l'avoir vu chanter pour les Shrinebuilder l'an dernier, j'en demandais encore pour cette édition. La chance a bien fait les choses puisqu'il jouait avec Conny Ochs, mais aussi avec les vétérans de The Obsessed le lendemain. Revenons-en à ce premier concert de sa part qui avait lieu au Het Patronaat. La salle était bien remplie et le folk coulait tranquillement dans nos veines, les compositions me semblaient un peu faciles et prévisibles par moment, mais le chant rattrapait le tout. Ce fut un moment bien spirituel en compagnie de ces deux musiciens, la guitare acoustique est toujours une excellente option en début de journée afin de reposer nos tympans pour ce qui suit. Le résultat était d'ailleurs beaucoup moins lourd que la performance de Kristof Hahn qui ouvrait le festival la journée précédente. Ce fut agréable, mais j'aurais préféré les voir dans une petite salle pour ressentir une plus grande intimité entre le public et les musiciens.

Le groupe suivant n'avait strictement rien à voir, puisque du black metal très savoureux offert par Nachtmystium nous attendait sur le Main Stage. Vivement les changements de style brusques, la bonne chose étant que j'adore ce groupe, alors la transition fut rapide. Les musiciens semblaient enchantés d'être au Roadburn pour une seconde fois et cette année, leur mission était de défendre en intégralité leur succès Instant Decay. N'étant pas un grand admirateur de cet album, je pris plaisir à regarder la troupe de Blake Judd malgré tout. Cette petite dose de progressif ajoute beaucoup au black metal saturé de Nachtmhystium, le clavier transforme à merveille des compositions régulières en perles de ce genre musical. Malgré tout, la prestation commençait à m'ennuyer après une trentaine de minutes et je me dirigeai vers le concert des Finlandais d'Hexvessel. Si vous aimez que votre folk soit obscur et étrange, vous serez bien scotché devant ce groupe. Ils devaient être une bonne dizaine de musiciens sur la scène à nous produire cette musique occulte et malfaisante. Un voile noir planait au-dessus de nos têtes et nous étions en plein rituel satanique camouflé. Oui, oui j'en suis certain. Vu la gueule des musiciens, je suis certain que des formules et des incantations se dissimulaient derrière ce style qui semble simple au premier regard. Ne vous laissez pas berner par ce subterfuge, n'allez pas voir Hexvessel où vous perdrez votre âme. Fuyez, fuyez!

C'est ce que j'ai fait lorsque la situation est devenue trop inquiétante. Finalement, c'est devant les Islandais de Solstafir que je me suis retrouvé. J'attendais cette prestation avec tellement de joie qu'il était évident que j'allais être déçu. Sans grande surprise, le groupe semblait faire tout de travers… À quoi bon jouer pendant une heure et quarante-cinq minutes si les dix premières minutes sont chaotiques? La batterie résonnait aussi mal qu'il est possible de le faire, c'était désastreux. Vous savez, ce son cliché de doubles pédales qui résonne dans les festivals de bas niveau qui présentent des groupes métal complètement odieux… et bien c'était pire. Ce n'était pas tout, les pédales du guitariste principal ont cessé de fonctionner dès la première minute du concert. Il était furax et je le comprends puisque tout résonnait comme de la merde, mais ce n'est pas une raison pour avoir un regard meurtrier envers la foule. Ils semblaient tous avoir envie de foutre le camp de la scène… alors j'ai foutu mon camp de la salle. Quelle déception, reprenez-vous sur les albums studio par contre, c'est vraiment très original et rafraîchissant.

Heureusement, cela me permit de capter quelques morceaux de Witch. C'était incroyablement divertissant, nous avions de la pure musique devant nous. Les effets secondaires de ces riffs majestueux ressemblaient à une envie idiote de toujours taper du pied et un sourire qui remonte jusqu'au ciel. Ce groupe de stoner dirigé par J Mascis de Dinosaur Jr avait tout pour plaire, je connaissais très peu leur matériel avant ce concert, mais ne tardez pas à mettre la main sur leurs deux albums. Ce fut une magnifique découverte, et il n'y avait pas mieux pour mettre la table pour Yob!

C'était le moment clé de la journée, la première prestation de Yob au festival. Ils allaient remettre la pareille deux jours plus tard en jouant Catharsis en entier, mais pour débuter nous avions droit à un set plus régulier. Enfin je croyais… mais ce n'est pas ce qui s'est passé. Mike Scheidt et ses acolytes nous ont reproduit "The Unreal Never Lived" en intégralité alors que c'était imprévu dans la planification du festival. Vous connaissez tous le début de cet album, la monstrueuse Quantum Mystic et son riff intemporel. Nous avions la certitude après les trente premières secondes que Yob sont des dieux du rock. C'est impossible de faire mieux que ce trio dévastateur, ils ont aisément occupé la première position des concerts que j'ai eu l'opportunité de voir en 2011 et cette prestation du Roadburn se hissait très haut dans les expériences que j'ai vécues. Ils ont un son divin et leurs compositions sont irréelles, la guitare de Mike résonne comme aucune autre dans le monde entier. L'originalité de Yob se faisait admirer par une salle véritablement trop remplie, c'était un moment sublime. Leur doom psychédélique ne laissa personne indifférent, la satisfaction était généralisée. Merci Yob et on se revoit dimanche assurément!

Les prochains étaient Black Breath, cette troupe de thrashcore issue des abysses de Southern Lord Records se préparait à nous détruire. Le mot que je viens d'employer ici est faible, ce fut une totale destruction. Pour la première fois de mon expérience au Roadburn, j'ai eu la chance de voir du stage diveet une fosse réellement active. Sachez que ce festival est probablement le plus calme au monde, la foule est composée de purs geeks musicaux et de collectionneurs invétérés de vinyles. L'exploit que Black Breath a réussi à accomplir en faisant bouger la foule parle de lui-même. Leurs cheveux longs tourbillonnant et leurs jeux de guitare entraînants démontraient la démarche à suivre à tous les pseudo groupes de thrash qui n'ont pas su évoluer avec les années. Le chaos régnait dans la Green Room, le headbang était généralisé et l'odeur de drogue venait agrémenter la recette déjà gagnante. Si vous aimez vous faire donner des leçons, allez voir ce groupe en concert et vous me remercierez. Ce fut la meilleure ambiance que j'ai eu la chance de voir en deux ans de Roadburn.

L'étape suivante était logique, je me devais d'aller voir Voivod reproduire Dimension Hatross en intégralité. Le Québécois en moi allait être servi dans la prochaine heure puisque Voivod, Dopethrone et Aun s’enchaînaient ou se superposaient. Le Québec occupait trois salles sur quatre, j'étais fier de cette représentation massive de ce qui se déroule dans mon coin du globe. Voivod proposait des visuels de Michel Langevin en arrière-plan, vous connaissez le genre, des extraterrestres avec des perches sortant d'un peu partout? Le bonheur... Du bon thrash psyché avec l'un des chanteurs les plus originaux de l'histoire de la musique hard, sa voix ne ressemble à rien d'autre que la sienne. Le son de guitare mystérieux était extrêmement fidèle à ce que Piggy aurait pu faire en reproduisant cet album. Chapeau à Dan Mongrain qui remplace Denis D'Amours avec cœur et passion. Ce fut très divertissant, mais ne connaissant pas beaucoup la seconde partie de l'album, je préférai voir les copains de Dopethrone devant un public autre que celui de Montréal.

Ils semblaient nerveux à souhait et la guitare de Vincent s'était malheureusement perdue durant le voyage. Non seulement ils devaient jouer devant près de trois cents personnes, mais ils devaient le faire sans leurs propres instruments. Ce fut plus facile pour moi de capter les différences sonores que pour le reste du public ayant vu le groupe une dizaine de fois à Montréal. Le public semblait comprendre l'ampleur que le concert avait pour les trois Montréalais, et la réception fut grandiose de la part des festivaliers. Le sludge crasseux résonnait à pleine puissance et un voile de fumée s'envolait de la masse humaine qui se trouvait devant Dopethrone. Le stress accéléra le tempo de leurs compositions, mais ce n'est pas ce qui empêcha le public d'en redemander. La file était longue à l'extérieur de la salle et les Européens semblaient avoir envie de voir ce groupe pour la première fois dans leurs contrées. Je laissai donc ma place à une personne qui en profiterait bien plus que moi et je me dirigeai vers le concert de Huata, qui avait d'ailleurs prêté la guitare manquante à Dopethrone. Les Québécois et les Français sont des cousins après tout. Merci Huata!

Le dernier sprint de la soirée, Huata et Celeste. Je mourrais d'envie d'entendre l'excellent album Atavist Of Mann en prestation, et ce fut d'une lourdeur décapante. Le groupe originaire de Rennes sait comment bien faire les choses; de gros amplis, une bible, un crucifix, des costumes et une bouteille de Melmor. La musique coulait à flot et le temps passait rapidement entre les interventions de ce pseudo prêtre satanique qui balançait ses incantations entre deux notes de synthétiseurs. La voix unique du chanteur était fidèle à ce que nous retrouvons sur album et le son de gratte était encore plus massif. Du doom/stoner parfaitement exécuté, les Français sont de plus en plus impressionnants dans ces styles musicaux. Chapeau à Huata pour cette excellente prestation. Direction Celeste!

Voilà, si vous cherchez un lieu reproduisant l'apocalypse et bien c'est devant les Français de Celeste que vous le trouverez. C'était viscéral, le pur chaos, le mal prenait place dans chaque centimètre de la salle. Les efforts du groupe concernant l'ambiance sont incroyables, noirceur totale, fumée en quantité ridicule (l’immeuble entier était dans le brouillard) et comme seule lumière des lampes frontales rouges virevoltantes dans tous les sens. Ah oui, j'ai oublié de parler de la musique! C'était chirurgicalement malsain. Le hardcore ténébreux de Celeste frôlait le black metal et le grind. Le chant était tout aussi impressionnant que sur album, bref c'était un résumé de la perfection en matière de concert. Je n'ai rien vu de tel dans tout mon historique de concerts, ce qui s'y rapprochait le plus était Locrian, mais Celeste transcendait tout ce que j'avais pu voir malgré tout. Ce fut une journée lente sur le départ, mais totalement incroyable par la suite. La bonne nouvelle, demain c'est… Sleep!

Chroniqueur montréalais pour Pelecanus depuis juin 2010 ayant participé à l'organisation de concerts ainsi qu'au défunt projet de webradio.

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