Queens of the Stone Age + Sweethead 14/11/13 @ Zénith, Paris

Queens of the Stone Age + Sweethead 14/11/13 @ Zénith, Paris

Juin 2013. L’achat de place pour le concert de Queens of the Stone Age au Trianon mobilise mon énergie et joue sur mes nerfs. L’attribution est hasardeuse, les serveurs plantent et la déception est au rendez-vous. J’écoute Like Clockwork d’une oreille sévère (mon camarade DMDFC en faisant une très lumineuse chronique sur ce site), je veux y croire mais je me montre très critique. Néanmoins quelques morceaux m’énergisent fort, et la chaleur de l’été faisant, je m’en repasse en boucle. J’ai toujours associé Queens of the Stone Age à un été brûlant.

Automne 2013 : Queens of the Stone Age cesse de jouer à la princesse et annonce deux dates parisiennes au Zénith pour tous les fans rendus fous par la frustration. Merci de condescendre à venir faire un concert accessible en France les gars, j’ai presque envie de vous inviter à aller vous faire foutre. Je déteste le Zénith, du fait d’un son de merde. Ma compagne achète les places. Nous écoutons tous deux les Queens depuis leur premier album et les avons déjà vus trois fois en concert. Histoire personnelle. Ne nous laissons pas abattre. Dans le pire des cas, nous passerons une bonne soirée.

14 novembre 2013 : Au temps pour l’été brûlant. Boulot oblige, nous arrivons tard. Pas de première partie pour nous. Nous remontons l’allée conduisant au Zénith, passons les check points de la sécu et nous installons. Attentes ? Maximales ! L’horizon d’attente est déjà bien circonscrit. Queens of the Stone Age a déjà joué hier soir. Nous nous doutons que ni Dave Grohl, ni  Nick Oliveri ne seront présents sur scène. Mark Lanegan ? Doute légitime. Il ne sera pas là. Pourtant, se produit-il demain à l’Alhambra où nous irons l’applaudir.

Like Clockwork sonnait comme l’œuvre d’un super groupe (décidément après Them Crooked Vultures…), c’est une formation originale qui fait son entrée sur scène à 21h45 (exception faite du très distingué Troy Van Leeuwen, jouant depuis suffisamment longtemps avec le maître d’œuvre Josh Homme pour faire partie des meubles). Musique ?

L’attaque est franche. Les Queens of the Stone Age ne veulent pas en mettre plein la vue, ils vont le faire. Le début du concert marque une première : l’utilisation pleine et entière de panneaux déroulant des paysages ou des visions psychés géniales. Et ils enchaînent. On peut être chagrin et leur reprocher de faire un « best of » des albums. Ce serait être mesquin. Tout ce qui va suivre va être joué en envoyant le maximum du son que la salle puisse supporter (et d’ailleurs pesterais-je sur certains morceaux, le son saturant), Josh Home s’impliquant personnellement sur chacun. Frontman ? Oui. You think I ain’t a millionaire… part sur les chapeaux de roues sur un ciel d’orage, un pylône aux armes du groupe se dressant dans les nuées. La voix résonne, les riffs crépitent, se redressant à la dernière minute sur un son propre et clair. No one Knows enflamme le public, puis Avon, aucun répit, My God is the sun nettoie la place, nous nous enflammons, nous perdons le fil. If I had a tail lâche sa mélodie irrésistible, celle pour laquelle nous aimons les Queens, soutenu par une guitare rythmique endiablante et une batterie très inspirée. Lorsque les premières mesures de Kalopsia retentissent, nous nous interrogeons. Jouable ? Il y avait du monde en studio… Inutile : tout le groupe la pousse avec une énergie débordante. Nous perdons pied : rapide, lourd, fort… A peine le temps de souffler et Little Sister nous emmène plus loin encore, pédale à ouin-ouin poussée à fond. Nous nous perdons dans les fractales psyché des écrans tandis que Josh Homme vocalise comme lui seul peut le faire. Fin du show ? Un Vampyre of time and memory, un peu long en rappel, I Appear Missing et A song for the Deaf rappelant les premiers instants des Queens.

Je n’ai pas envie de faire le procès de Queens of the Stone Age, quelle que soit la déception successive que j’ai pu ressentir en écoutant chacun de leur album après A Song for the Deaf. J’ai envie de faire mon propre procès. Pour moi, je mesure la portée du son de Queens of the Stone Age à l’aune de ma première expérience : il s’agit d’une driving music au sens très noble du terme. Pas la peine d’être rythmée, mais inspirée. Une expérience de voiture. Queens of the Stone Age sont des souvenirs de routes, trajets fastidieux pour la plupart, associés à des chemins d’embauche, souvent de nuit, vitesse réglée (contrôleur de vitesse ou pas), où la musique trouve place en terme de soutien, un second passager en somme. Pas besoin d’une muscle-car. Bouffer du bitume est un sport d’endurance. Il s’agit d’une mythologie de route. Le paysage est monochrone : une bande de bitume ensoleillé de jour, ou de nuit une suite de segments détachés par la lumière des phares. Il s’agit d’une poésie de route, incompréhensible à qui n’a pas roulé très longtemps : des annonces de leds lumineuses sur des panonceaux d’autoroutes. Là, nous trouvons à donner sens à ce qui nous environnons. Une nuée de corneilles ou de corbeaux viennent picorer les restes des victimes de ceux qui ont été avalés par la route ? Ce sont les parèdres impitoyables de la déesse bitume.

Queens of the Stone Age a satisfait mon impression. Largement. Tout ce que je désirais, après que j’ai coupé le contact de la voiture et éteint l’autoradio, c’est que résonne leurs accords sur les cliquetis des cylindres en train de refroidir. Et je l’ai trouvé.

Crédits photos : Andrey Kalinovsky / CSAOH.com

J'aime les chats roux, les pandas roux, Josh Homme et Jessica Chastain.

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