OTB Fest 2015, Jour 1 : KEN mode + Celeste + Nesseria + Revok 29/04/2015 @ La Maroquinerie, Paris

OTB Fest 2015, Jour 1 : KEN mode + Celeste + Nesseria + Revok 29/04/2015 @ La Maroquinerie, Paris

Retour sur le premier jour de l'OTB Fest 2015. Au programme : les copains de Nesseria, la claque REVOK, le numéro de magie de CELESTE et la violence calculée de KEN Mode.

« Les anges sont faciles à apaiser, fais-en des instruments et ils joueront ta musique à la harpe. »
– Les Versets sataniques, Salman Rushdie

 

L’été n’est pas encore là, mais ce vendredi soir est déjà un peu moite. Comme si ce mois de mai nous annonçait finalement la galère à venir : la canicule et le défilé de pieds nus des collègues sous les bureaux, chillant dans l’open space. Et toujours cette rue de Ménilmontant interminable à remonter pour mériter notre bière et notre future surdité. Je retrouve donc mes ami-e-s, passablement essoufflée, entre respirations saccadées et appréhension. Pour l’instant, la foule est loin d’être compacte. Le concert de Nesseria, premier groupe français à ouvrir le bal, a malheureusement un goût d’after work un peu trop violent. Musicalement, rien de nouveau sous les projecteurs ou même à retenir, si ce n’est l’application très scolaire du groupe, peu généreuse en rebondissement. Le sentiment de se retrouver au milieu d’un rassemblement de potes se fait vite sentir. Ça hurle et ça saute, devant un public encore assez mollasson qui semble avoir du mal à se mouiller. En écoutant Nesseria jouer, il demeure ce sentiment de « déjà entendu ». À la fin du set, j'ai la sensation prégnante d’être passée à côté de quelque chose. Comme si cette prestation n’avait finalement été que la copie carbone musicale d’autres artistes, manquant par conséquent cruellement d’ambition.

Le bruit pour le bruit ne paraît pas être le choix artistique de REVOK, et c’est tant mieux.

Arrivent ensuite les gars de REVOK, la vraie bonne surprise de cette première soirée. Après la pause obligatoire pour aller remplir nos godets, on se plante devant la scène où de curieuses ampoules nues et illuminées sont venues s’inviter. Sous nos yeux, de gros gaillards s’activent. Autant dire que la recette est efficace et l’effet immédiat. La voix du chanteur explose dans la salle, et nous prouve que non, le hardcore ce n’est pas que hurler dans son micro en essayant de se faire une ablation de la thyroïde sans passer par la case chirurgie. Les sons se font de plus en plus lourds, parfois presque dansants, alors que l’air donne l’impression de se rétracter tout autour. REVOK nous fait une proposition vraiment différente : la mélodie est bien là, sur des morceaux qui cherchent à magnétiser leurs auditeurs. Ici, les effets pédalés comptent, autant que les réverbérations du son qui viennent taper contre les murs pour amincir l’atmosphère. Le bruit pour le bruit ne paraît pas être le choix artistique de REVOK, et c’est tant mieux. On apprécie ce hardcore DIY généreux, celui qui s’inspire et se détache de ses influences tout en prenant le soin de ne jamais perdre son public. Conclusion : le hardcore made in les Yvelines, c’est validé.

Pas beaucoup de temps pour souffler que nous voilà de retour devant la scène pour se prendre le numéro de CELESTE en pleine face. Équipés de leurs loupiotes IKEA sur le front, les membres du groupe sont tels des explorateurs de grotte, alors que nous baignons dans le noir, impatients. Les rayons rouges qui jaillissent de leurs visages deviennent nos seuls repères. Des fumigènes sont activés et l’air s’épaissit à vue d’œil. Non seulement la musique de CELESTE est un peu une ode à l’oppression charnelle par le son, mais leurs lives en sont l’illustration parfaite. L’expérience est cathartique. Que faire si ce n’est laisser aller tout son être face à cette situation éprouvante ? Et c’est là que la magie opère. Le public est privé d’air, de lumière et de silence. Si les stroboscopes viennent de temps à autre réveiller nos pupilles, je vis personnellement ce concert comme l’allégorie de la carence. Le set de CELESTE, composé de leurs derniers titres en date, est plus long que ceux de ses prédécesseurs, il dure, presque un peu trop. Car une fois débarrassé de l’effet immédiat et assommant de ce taser musical, l’esprit reprend ses droits. Les membres de CELESTE sont les rois de l’esbroufe, des Houdini musicaux : hyper pros, hyper calés, mais tout n’est qu’artifice. Quand je regarde l’état des personnes à côté de moi, CELESTE me fait l’impression d’être une drogue, augmentant le taux de sérotonine dans les corps de mes compagnons d’aventure. Une frénésie forcément suivie de sa dure retombée et de la dépression des lendemains de soirée.

Quand je regarde l’état des personnes à côté de moi, CELESTE me fait l’impression d’être une drogue, augmentant le taux de sérotonine dans les corps de mes compagnons d’aventure.

Outre les clichés qui nous font rêver à propos du Canada — les caribous et la poutine —, il semblerait que là-bas, on aime aussi faire fleurir du post-hardcore — biberonné au noise rock — de qualité. Le changement est assez radical, mais absolument délicieux. La musculature du batteur de KEN Mode suffit à elle seule à nous faire sentir le poids des montagnes. À ses coups de massue répond la voix du chanteur, visiblement en transe au vu des frémissements qui agitent ses yeux. Et si ces aspects de poseur enlèvent parfois au charme de leur musique — mais qui suis-je, moi adepte de Deafheaven, pour critiquer cela ? — il y a dans ce chant un je-ne-sais-quoi d’envoûtant auquel il est impossible d’échapper. Contorsions des corps et hurlements virils sont au rendez-vous, le tout finissant dans une apothéose au sein du pit, face à des spectateurs enragés. Deux basses s’affrontent sur certains morceaux, laissant la guitare au placard, jusqu’à l’achèvement final avec Never Was de l’album Venerable, sorti en 2011. KEN Mode est ce soir à son meilleur et emporte avec lui le peu d'énergie qu’il nous restait.

Le bilan de cette première soirée est plus que satisfaisant et les organisateurs du festival ont tenu parole en proposant un line-up hardcore ouvert aux autres genres, aux autres influences. On pardonnera facilement les petites difficultés techniques qui ont parsemé le live de CELESTE, puisqu’elles n’auront pas réussi à gâcher notre plaisir. Demain, un peu plus fatigués il est vrai, nous retrouverons Valve, The Prestige, Monarch, Year Of No Light et le bijou du festival : Oathbreaker.

J'ai plus de films d'horreur vus à mon compteur que l'enfant fantasmée de John Carpenter et Dario Argento. J'aime écouter de la musique et en parler, surtout ici.

Ajouter un commentaire