CROWN + Huata + Dopethrone 22/05/13 @ Glazart, Paris

CROWN + Huata + Dopethrone 22/05/13 @ Glazart, Paris

Tout s’est passé si vite. A peine annoncée la fermeture des Combustibles, l’accueillante maison qui a vu passer bien des légendes du stoner et du doom, on apprenait que l’organisation avait trouvé un nouvel écrin pour la douceur des progras Stoned Gatherings : les barbus patchés du monde entier en escale à Paris allaient désormais délivrer leurs sets furieux au Glazart, Porte de la Villette. Retour sur ce premier concert plutôt concluant.

Trois guitaristes, un ordinateur et puis c’est marre. Voilà en tout et pour tout la formation de CROWN, à l’origine duo converti en trio sur scène – puisque le binôme intègre aussi un membre de Zatokrev. La batterie et la basse, samplées, sont le pilier inamovible autour duquel gravite la formation. Pas de problème : les riffs lourdissimes et négatifs du trio s’adaptent parfaitement aux contraintes de l’exercice.

Alors. Comprenons nous bien.

Lorsqu’un journaliste metal use du mot “monolithique” pour décrire une impression sonore, il l’emploie dans 90% des cas à tort. A tort, ainsi qu’à travers. C’est pourquoi je tiens à remettre les choses à leur place : si je l’emploie ici, c’est parce qu’il est foutrement légitime. Monolithique est le premier mot qui me vient sous les doigts pour décrire la masse sonore impressionnante de rigorisme et de noirceur qui se déverse depuis les enceintes malmenées de la petite salle.

La recette des influences, reconnaissables, est pourtant bien présente : mélangez deux doigts de Jesu, 200 g de Neurosis et trois cuillères à soupe de Godflesh. Pourtant, les riffs sont entêtants, se développent longuement et, finalement, tout fonctionne. Pour peu que le son des amplis éponge le gras de la huitième corde des guitares, le résultat est une sensation live délicieuse. Massive, dense et riche en émotions.

On reviendra.

Cette phrase, nous ne l’avons pas pononcée à l’issue du doom occulte d’Huata, coupables d’un set moins passionnant. D’emblée, on aime Huata. Même s’il n’y a plus que le chanteur pour revêtir la cape rouge au chapeau pointu qui faisait au groupe sa petite marque de fabrique, ce que l’on voit sur scène est tout à fait satisfaisant. De très bons moments de mise en scène pendant lesquels le porte-parole du groupe se faisait prêtre d’une messe oculte. Mouvements lents et mystérieux, voix terrifiante - tessiture impressionnante, tant en chant clair qu’en chant crié -, bougies et bouteille de Chouchen sur la table qui finira bien vite en eau maudite improvisée pour une bonne partie du public… 

Oui, bon, ils en font peut-être un peu trop.

Pour le coup, si Huata était emballé dans ce joli papier cadeau, le reste est moins épique. Les riffs doom as fvck du groupe digèrent mal le passage du studio aux planches de la scène. Le son est bon, trop fort mais de ce “trop fort” jouissif où on sent la basse vibrer tout au bas de l’estomac. Mais rien à faire, l’extrême patience du quatuor breton sur les mêmes boucles immuables est, finalement, lassante. Mince. Puis vient cette éternité où bassiste et guitariste se partagent seuls un trip à gratter seuls (et à une allure lentissime) quelques accords dramatiquement graves les faisant singer un Sunno))) version salle des fêtes. Finalement, Huata a de bons passages, leur doom de cérémonie est porté par un excellent chanteur… mais ça ne fait pas tout.

Vient l’heure de la tête d’affiche, les redoutables Québécois de Dopethrone. D’entrée de jeu, le son est agressif, les mélodies sinueuses et le tout a été roulé dans la boue et le gel canadiens. Visiblement enthousiastes d’en découdre (enfin) sur le sol européen, le groupe de Vincent Houde dispense volontiers son doom punk et irrévérencieux aux quelques paires d’oreilles chanceuses qui auront fait le déplacement.

Et on en a pour notre argent.

Le set est long et varié, le power trio égrenant riff mortel sur riff mortel. La voix de Vince est quelconque et même un peu faiblarde mais son flow décharné et menaçant confère cette magie noire qui n’appartient qu’à Dopethrone. Les trois tabarnaks à l’allure de junkies déchaînent un set furieux et volontairement punk. Si punk, d’ailleurs, que le jeu du batteur est d’un clacissisme remarquable. Et si l’on décèle quelques mélodies empruntées ici où là à père Electric Wizard ou aux démoniaques Bongripper, c’est pour en faire des chansons courtes et dangereuses. Fraîches, quoi.

Un groupe à voir de toute urgence, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, je n’avais pas vu des types à l’allure de camés jouer de la si bonne musique depuis si longtemps. Puis je n’avais encore jamais entendu un chanteur haranguer le public d’un savoureux “VIVE LA DROGUE” entre deux chansons. Inoubliable. Quel meilleur présage pour baptiser la nouvelle maison des Stoned Gatherings ?

Crédits photos : Andrey Kalinovsky / CSAOH.com

Affreux vilain metalhead incurable et rédac'chef

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