Baroness + Mutoid Man 01/05/2016 @ Théâtre Corona, Montréal

Baroness + Mutoid Man 01/05/2016 @ Théâtre Corona, Montréal

Le buzz grandissant autour de Mutoid Man et Baroness a culminé en une très belle soirée au Théâtre Corona dimanche dernier. La foule a d'abord été séduite par la puissante performance de Mutoid Man, puis conquise par l'interprétation épique du dernier album de Baroness. Un retour sur le concert des deux groupes à l'enjouement contagieux.

En guise d'introduction, Mutoid Man ont joué une sérénade à la foule avec un court cover de "Purple Rain". C'est probablement la chanson la plus reprise de ces temps-ci, mais on ne peut pas nier que Stephen Brodsky possède la voix pour rendre hommage à Prince. Ils ont enchaîné avec un autre cover de la chanson thème du jeu vidéo Castlevania, qui a fait tripper les gamers dans la foule. Le groupe vendait d'ailleurs un chandail "mashup" de Castlevania et Mutoid Man, prouvant que les trois membres ne se prennent pas vraiment au sérieux. Une conclusion à laquelle nous pouvions arriver très rapidement en observant les échanges entre Nick Cageao, Stephen Brodsky et Ben Koller. Les doigts d'honneur et les fous rires entre bons chums se multipliaient sur scène.

Mutoid Man ont rapidement poursuivi en alternant entre des titres de leurs deux albums, jouant "Bridgeburner", "Reptilian Soul", "Sweet Ivy", "1000 Mile Stare", "Friday the 13/8" et "Sacriledge" mais aussi un inédit : "Microaggressions" qui était franchement impressionnant. La voix impeccable de Brodsky combinée à son aisance à shredder sans manquer une seule note, la batterie de Koller qui mange une volée tandis que les baguettes partent de tout bord tout côté, et le tone de bass gras à Cageao ont donné un très bon avant-goût de leur matériel à venir. 

Dans les scènes de métal et de hardcore, les groupes qui déconnent sur scène et qui jouent avec un sourire jusqu'aux oreilles se font rares, mais Mutoid Man s'avère être une exception.

Mutoid Man ont ensuite joué "Scrape the Walls", une chanson groovy et dissonante tirée de "Helium Head". Ben Koller était hypnotisant, enchaînant des beats décomposés à une vitesse incroyable. C'est irréfutable qu'il maîtrise son instrument et il a maintenu la cadence énergique durant toute la prestation. Après coup, un nouveau cover "Don't Let Me Be Misunderstood" de The Animals (qui l'avait reprise de Nina Simone), renommé tout simplement "The Manimals" où Brodsky nous a convaincu de son talent de crooner.

Les trois musiciens ont continué à nous en mettre plein la gueule avec "Beast", "Dead Dreams", "Scavengers", "Gnarcissist" et "Lost in the Hive", où leur talent était à l'avant-plan grâce à leur habileté à maintenir une parfaite synchronie malgré des changements de tempos effrénés, et même gérer un échange d'instruments entre membres. La bonne chimie entre les trois musiciens était palpable. C'est toujours rafraîchissant de voir un groupe qui prend plaisir à jouer ensemble. Dans les scènes de métal et de hardcore, les groupes qui déconnent sur scène et qui jouent avec un sourire jusqu'aux oreilles se font rares, mais Mutoid Man s'avère être une exception. Certes, j'aurais aimé qu'ils fassent moins de covers et plus de leur discographie. Mais n'ayant que deux courts albums à leur actif, totalisant moins d'une heure de musique, je comprends le désir ainsi que l'obligation de varier leur prestation live. Leur nouvelle chanson était très bonne et je ne suis sûrement pas la seule à avoir hâte d'avoir entre les mains leur prochain album.

En 2012, Baroness ont subi un grave accident lorsque leur autobus de tournée a fait une chute de dix mètres du haut d'un viaduc. Après quelques changements de membres dûs à des séquelles physiques, ils sont ressortis de la situation plus résilients que jamais. Purple, leur premier album depuis l'accident, est une oeuvre d'espoir qui prouve qu'ils ont réussi à rester optimistes et surmonter la douleur malgré tout. En me fiant à mon entourage et en discutant avec plusieurs fans du groupe, j'ai pu conclure que le nouvel album semble avoir divisé les fans - ça passe ou ça casse. Certains sont déçus que le groupe ait délaissé son côté sludge qu'on retrouvait sur les oeuvres précédentes, tandis que d'autres adorent la direction plus mélodique et accessible dans laquelle ils ont évolué. Ceux qui ont accroché à Purple ont été choyés par la prestation de l'album en quasi-totalité car Baroness ont joué "Kerosene", "Morningstar", "Shock Me", "Fugue", "Chlorine & Wine", "Try To Disappear", "Desperation Burns", ainsi que leur ballade "If I Have to Wake Up (Would You Stop the Rain?)". 

Au travers du Théâtre Corona, la voix de John Baizley résonnait en harmonie avec celles des spectateurs.

Au travers du Théâtre Corona, la voix de John Baizley résonnait en harmonie avec celles des spectateurs. Son vocal clean s'est grandement amélioré depuis les dernières fois où je l'ai vu sur scène, probablement parce qu'il a eu beaucoup de pratique avec la sortie de Purple où le vocal rauque est totalement mis de côté. J'imagine que ça a dû être émouvant pour Baizley d'avoir autant de gens chanter les paroles qui ont représenté une véritable catharsis pour lui. Côté visuel, le backdrop de la couverture arrière de Purple changeait de couleur selon l'album qu'ils jouaient, simple mais efficace. Les riffs de Baizley et Peter Adams frappaient dans le mille, comme en studio. S'il y a une chose qu'on puisse dire de Baroness, c'est qu'ils sont toujours "tight" en concert. La section rythmique fût assurée à merveille par les deux (relativement) nouveaux membres: Nick Jost, qui headbang sans arrêt à la basse et Sebastian Thompson (Trans-Am) derrière la batterie, précis tel un métronome humain.

Puisque la tournée promouvoit le dernier album, on s'attendait à entendre peu de titres des albums précédents. Heureusement pour les moins fans de Purple, ils ont quand même joué plusieurs chansons tirées de Yellow & Green, soit "Board Up the House", "Eula", "Green Theme" et "March to the Sea". Ils ont également joué "A Horse Called Golgotha" et "The Gnashing" (Blue Record). Baroness ont mit fin à plus d'une heure de musique avec un rappel comprennant "Isak" (Red Album) et "Take My Bones Away" (Yellow & Green), clôturant ainsi la soirée de façon plus aggressive et progressive. On aura eu droit à un bon équilibre entre les couleurs de l'arc-en-ciel conceptuel qu'est la discographie de Baroness.

Fidèles à leur habitude, Baroness ont totalement assurés. Ils dégageaient une belle énergie sur scène, on sentait qu'ils étaient heureux d'être là pour continuer à faire ce qu'ils aiment. La foule s'est montrée très réceptive au groupe, puisque les gens chantaient et levaient constament leurs bières en guise de cheers au groupe. Bref, le concert était une réussite et une très belle soirée, puisque les deux groupes semblaient aussi heureux que la foule d'y être. Baroness et Mutoid Man ont démontré leurs prouesses et leur versatilité musicale aux auditeurs qui ont grandement apprécié l'expérience.

 

Photographies argentiques par François-Carl Duguay 

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