Aun : "Je ne considère plus maintenant que nous faisons de la musique ambiante"

Aun avec Martin Dumais

Aun est un projet Drone Experimental d'origine montréalaise mené d'une main de maître par Martin Dumais et Julie Leblanc. Prenant vie officiellement en 2006, enchaînant les sorties sur des labels comme Alien8 Recordings (Keiji Haino, Merzbow, Nadja, Set Fire to Flames...), Important Records et Crucial Blast Records ils mettront un point d'orgue à leur aventure sonore en 2010 en signant chez Cyclic Law puis Denovali Records avec la sortie de leur excellent "Black Pyramid". Martin nous fait le plaisir de répondre à quelques questions afin de nous aider à mieux comprendre les entrailles d'une oeuvre sonore en perpétuelle mutation.

William: Tout d'abord, nous allons commencer par la base de toute découverte. Quelle est l'origine et la signification de votre nom d'artiste, AUN?

 

AUN: C'est malheureusement un secret, mais c'est libre à interprétation et prononciation. Nous le prononçons ÂUNE. AUN est un véhicule et une entité en mutation, qui avec le temps se guide de façon autonome et instinctive.

 

W: De quels genres de milieu musical les deux membres de ce projet sont-ils issus? Et qu'est-ce qui vous a poussé à expérimenter le son de la façon dont vous le faites?

 

A: Ça a en quelque sorte débuté dans les années 80, époque où j'enregistrais de l'électronique industriel, primitif mais fort semblable à ce qu'est AUN aujourd'hui. Les influences de l'époque étaient Eno, Tangerine Dream, Swans, Sonic Youth, Throbbing Grisle, Cabaret Voltaire, Cocteau Twins… Comme bien de mes amis au début des années 90, nous avons éventuellement été captivé et emporté par la vague techno avec Aphex Twin, Jeff Mills et les sons de Détroit et Chicago. J'ai dès lors débuté comme DJ pour ensuite faire un retour comme producteur, performeur, et directeur de 2 labels, soit Hautec et Haute Couture, des labels oscillant entre l'électronique expérimental et de la techno tordu. C'était des labels plutôt familiaux où endisquaient des artistes qui étaient généralement des amis proches comme Champion, Akufen ou mon ancien groupe électronique, Les Jardiniers, formation avec laquelle j'ai beaucoup voyagé et connu un assez bon succès. En fait le succès commercial des Jardiniers est en partie responsable de mon retour dans l'échiquier noise et expérimental, vers 2005 je ne me sentais plus à l'aise dans le milieu où je travaillais, j'ai fermé les labels, pris une pause et suis revenu en 2006 avec AUN. Julie pour sa part compose depuis maintenant 4 ans, et a débuté solo avec son projet ambient appelé DE.I.TE., elle partage avec moi des goûts musicaux éclectiques de Mylène Farmer à Autechre.

 

W: D'un album à l'autre, vous réussissez à recréer des ambiances qui sont très divergentes. Le processus de création est-il aussi différent que les émotions ressenties par l'auditeur lors des écoutes de ceux-ci?

 

A: Nous changeons presque qu'à chaque chanson d'instrumentation, mes techniques d'enregistrement et de mixage sont multiples, et c'est en fait le leitmotiv de toujours expérimenter, et d'essayer de ne pas rester sur place bien longtemps. Je crois qu'il y'a tout de même une cohésion même si chaque album est assez différent. Celui à paraître en octobre ne ressemble que très peu à ses prédécesseurs, et le subséquent s'amorce déjà dans une autre direction.

 

W: Votre passion pour les arts semble transcender la musique, votre amour pour les arts visuels compose un rouage important de vos prestations scéniques. D'où vient cette motivation de transposer la musique en images?

 

A: Nous sommes aussi tous deux des artistes visuels, ayant tour à tour porté les chapeaux de peintre, designer, sculpteur, vidéaste… bref les arts visuels, sont pour nous une extension normale de la musique et nous comptons d'ailleurs approfondir la relation encore plus dans un avenir très proche.


W: Vous allez entamer cet automne une tournée européenne avec Kodiak et N. Elle sera précédée d'une apparition au Denovali Swingfest le 30 septembre, est-ce votre première expédition outre-mer et quel genre de surprisse réservez-vous à vos fans européens?

 

A: Comme sur disque, nous évoluons aussi constamment en live, donc beaucoup de matériel récent, d'inédits et une part d'impro. C'est en fait la troisième tournée, nous avons tourné en fin 2009 avec B 'Tong de Suisse, et dernièrement avec Visions le projet de notre ami et grand partenaire, nul autre que le boss du label Cyclic Law, Frédéric Arbour, et à moins d'un cataclysme, Fred sera d'une future mouture 2012 de AUN.


W: Avant votre départ, vous aurez la chance de partager la scène de la Sala Rossa avec le groupe californien Barn Owl. Est-ce que jouer à Montréal est encore aussi motivant qu'à vos débuts? Croyez-vous que la musique ambiante capte suffisamment l'attention dans l'univers musical montréalais?

 

A: C'est certe plus excitant de voyager, mais AUN me permet de jouer à des endroits que ma vie musicale antérieure ne permettait pas, donc c'est encore intéressant sur cet aspect, et comme nous épousons plusieurs angles musicaux à la fois, nous avons le plaisir de jouer autant dans des contextes de concerts doom, dark ambient autant que dans des festivals comme Mutek ou FIMAV. Je ne considère plus maintenant que nous faisons de la musique ambiante, et ne peux dire si l'attention des montréalais est captée, mais je crois qu'il pourrait y avoir plus de public à Montréal, des concerts comme Jesu quasi vide, c'est navrant.

 

W: Je vous souhaite la meilleure des chances pour votre prochain concert, qui sera d'ailleurs mon premier en votre compagnie. J'espère que le voyage en Europe sera bénéfique et nous attendons tous très impatiemment votre prochain album "Phantom Ghost" à paraitre cet automne. Merci de votre temps.


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Aun avec Martin Dumais
Chroniqueur montréalais pour Pelecanus depuis juin 2010 ayant participé à l'organisation de concerts ainsi qu'au défunt projet de webradio.

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