Rip It Up and Start Again, Simon Reynolds (2007)

Rip It Up and Start Again, Simon Reynolds (2007)

Quand on parle aujourd’hui de journalisme musical on pense aux enfants de Lester Bang, collectivement rassemblés sous l’étendard de Vice Magazine avec leur style chargé de traits d’humour accompagnés d’un certain cynisme. Du journalisme gonzo mais sans les excès d’Hunter S. Thompson ni sa versatilité.

De l’autre côté de la Manche il existe toutefois une toute autre tradition, celle représentée par le magazine Wire ou par Simon Reynolds. Des journalismes pour qui la musique est un tout indivisible et qui se chargent de créer des chemins de traverse entre des artistes censés être séparés par des kilomètres invisibles appelés « style ».

Simon Reynolds illustre ici cette tendance à la perfection en racontant la naissance du post-punk sur des démos cassettes vendues chez le mythique disquaire Rough Trade en passant par son évolution vers la musique industrielle, entre autre, jusqu’à la fin du mouvement avec l’arrivée du disco et des Village People.

Loin de délimiter le post-punk comme un genre, Simon Reynolds trace les contours de son analyse à travers un certain état d’esprit

Son récit, Reynolds le conte à travers un travail d’archiviste monumental. Loin de se limiter aux albums studios bien connus, il raconte avec passion la parution de chaque démo et ce que chaque formation, des plus connues aux plus obscures (Gang of Four, Joy Division, Teardrops Explodes), apporta au mouvement. Loin de délimiter le post-punk comme un genre, Simon Reynolds trace les contours de son analyse à travers un certain état d’esprit, celui d’une génération fascinée par le punk, et parfois aussi actrice de ce premier mouvement (comme John Lydon, chanteur des Sex Pistols devenu leader de Public Image LTD), désireuse de pousser cette idéologie au-delà des frontières musicales qu’elle s’était elle-même créé.

[…] c’est surtout la capacité de son auteur à donner du sens à cette histoire musicale et humaine qui rend cet ouvrage indispensable.

Comme tout bon livre sur la musique on y trouve aussi bon nombre d’anecdotes recueillies au cours d’entretiens avec les acteurs et spectateurs du mouvement (comme celle de John Lydon rentrant pour la première fois dans la boutique de Malcom McLaren avec un tee-shirt Pink Floyd où il avait écrit Fuck au-dessus du nom du groupe, ce qui laisse donc penser que le bougre possédait un tee-shirt Pink Floyd pour pouvoir ainsi annoncer son dégoût) mais c’est surtout la capacité de son auteur à donner du sens à cette histoire musicale et humaine qui rend cet ouvrage indispensable. Simon Reynolds est sans nul doute l’un des journalistes musicaux les plus essentiels de la fin du vingtième siècle et la lecture de cet ouvrage s’impose pour tous les fanatiques et curieux de musique. Un ouvrage dense et passionnant qui rend parfaitement hommage au post-punk et à ses architectes.

Rip It Up and Start Again, Simon Reynolds (2007)
Simon Reynolds
Rip It Up and Start Again
25/02/82, 1m80, à peine 60 kilos et élevé pour parcourir le macadam parisien de refuge en refuge jusqu'à son déménagement à Londres. Chroniqueur rock de 2004 à 2010 sur Eklektik-rock puis sur la fille du rock depuis 2010, bibliothécaire 2.0 depuis 2008, passionné de musique (metal, jazz, rap, electro …) et de comics. Ecrit aussi en anglais sur Delay and Distorsion (Chronique musicale).

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