Mudbath - Corrado Zeller (2015)

Mudbath - Corrado Zeller (2015)

Certains albums mettent du temps avant de capter l’attention de l’auditeur, ce qui n’est certainement pas le cas avec Corrado Zeller. La première minute de ce doom accablant propose des notes sortant directement de l’âge de pierre, cela pourrait bien être la trame sonore du moment où l’être humain découvrit le feu. Cette sonorité préhistorique prend forme grâce à quatre musiciens originaires d’Avignon, une petite ville au sud-est de la France. Issu de cette nouvelle génération d’excellents groupes français comme Verdun, Cult Of Occult, Regarde Les Hommes Tomber ou encore Huata, le quatuor Mudbath arrive à se distinguer par une production oppressante et une lourdeur excessive.

Le premier titre « Thus I Saw The Destructive Voracity Of An Obsessive Ritual » vous proposera des riffs démesurés qui vous donneront l’impression de recevoir des coups de marteau sur les tempes. Une désagréable sensation d’inconfort grandira dans votre corps tout au long du morceau, vous aurez l’impression d’entendre les guitares malsaines de Bongripper avec une forte influence vers le doom funéraire. Soyons clairs, ce n’est pas une musique qui vous donnera l’envie d’aller à la plage. La principale qualité de cette composition réside dans sa simplicité, les musiciens ne tentent pas de trop en faire pour achever une imagerie occulte ou démoniaque. La rage est véritable et provient du fond des entrailles, nous avons droit à une agressivité honnête et chirurgicale.

Ce premier véritable album de trois titres fait suite au EP « Red Desert Orgy » paru en 2012. Même s’il comporte peu de compositions, la richesse musicale de Corrado Zeller se fait définitivement sentir tout au long de l’album d’environ trente-cinq minutes. La transition entre les deux premiers morceaux est purement déstabilisante, sans préavis, vous serez confronté à une décharge d’influences black métal suffocantes. Les martèlements répétitifs auront raison de votre nuque et vous ferez face à une autre dimension de la musique de Mudbath, un côté encore plus sale et crapuleux de leur personnalité. Le final dévastatrice de « Shrim Alternative Healing Center » surprend par son chant vigoureux, l’influence de la scène hardcore obscure de la Belgique se fait rapidement sentir. La négativité de cette composition est impressionnante, malgré sa courte durée il s’agit sans équivoque de la pièce maitresse de cet album.

Le titre qui clôture l’album est un véritable monument, du haut de ses dix-sept minutes, il viendra vous ébranler grâce à ses rythmiques envoûtantes. La progression est lente et remplie de détours inattendus, vous serez surpris des sentiers qu’emprunte le chant en milieu de morceau grâce à la présence spéciale de Dadoo Jaxa au micro. La longue finale dissonante permet à ce périple musical de se terminer d’une agréable manière. Malgré sa longueur, Salmonella défile si rapidement, il s’agit de la composition la plus effacée du disque. La dose d’agression et de lenteur est parfaitement calculée par les quatre excellents musiciens. Difficile de trouver des défauts à ce premier disque du groupe français, le style n’est pas réinventé, mais toutes les influences sont ficelées à la perfection. C’est exactement le genre de groupe dont la scène française avait besoin puisqu’il propose un doom très violent et sale qui n’a rien à envier à ce qui se fait à l’étranger. L’album est disponible depuis la fin janvier via Lost Pilgrims Records en Europe et Désordre Ordonné au Canada, il s’agit d’un excellent investissement pour ceux qui raffolent d’un doom aux influences black et hardcore omniprésentes.

 

Mudbath - Corrado Zeller (2015)
Mudbath
Corrado Zeller
Thus I Saw The Destructive Voracity Of An Obsessive Ritual
Shrim Alternative Healing Center
Salmonella
Chroniqueur montréalais pour Pelecanus depuis juin 2010 ayant participé à l'organisation de concerts ainsi qu'au défunt projet de webradio.

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