Ben Frost - A U R O R A (2014)

Ben Frost - A U R O R A (2014)

Si le nom de Ben Frost ne voulait encore rien dire pour personne dans la presse rock début 2009, en 2010 il était sur les lèvres d’un grand nombre de curieux attirés par les expérimentations électroniques. Par un savant mélange de distorsion et d’instruments à cordes, l’Australien avait plongé des milliers de paires d’oreilles vierges de ce type d’expérimentation dans un bain sonore fascinant et angoissant appelé By the throat.

Il avait fait frissonné toute une salle silencieuse au son de ce qui pouvait être autant des hurlements de loup que le chant d’une baleine

Puis, le temps que chacun synthétise tout cela, il s’était envolé de mon champ de vision après une prestation mémorable en 2010 au Café de la Danse où, accompagné d’un piano, de machines et d’un violoncelliste branché sur des pédales d’effets, il avait fait frissonné toute une salle silencieuse au son de ce qui pouvait être autant des hurlements de loup que le chant d’une baleine. Enfin, après un disque en collaboration avec le compositeur Daniel Bjarnason et deux bandes originales de films (Black Marrow, F a R), le revoilà avec un album studio sans image autre que son profil enfumé.

Pour A U R O R A, Ben Frost semble avoir laissé les instruments à corde en dehors du studio et s’être concentré sur ce que la technologie peut lui offrir de plus subtile pour créer des nappes aussi discrètes qu’étouffantes et obsédantes. Certaines des sonorités employées dans Secan ou No sorrowing ne sont pas des plus audibles sans pousser vos enceintes mais elles ont le pouvoir de retenir votre attention et votre implication dans l’atmosphère à la fois lumineuse et industrielle du disque. A U R O R A pourrait être la bande son d’un voyage à travers le vent glacé du pôle nord ou du pôle sud. Des étendus désolées où il faut trouver du son dans le contraste de blanc et de noir environnant.

Cependant, ces longs moments de calme ne laissent pas l’auditeur dans l’expectative et atteignent des crescendos salvateurs à coups de nappes de clavier juxtaposés à des rythmiques distordues (Nolan, Secant). Toutefois aussi fascinante que puisse être cette éclosion en apothéose, on n’en reste pas moins dans un univers glacé et parfois extrêmement agressif comme durant l’explosion rythmique de Dyphenyl oxalate évoquant la frénésie de Phoenix in flames de Converge ou le black metal industriel de Spektr sur Near death experience. 

Un disque puissant et évocateur dans toute son abstraction et ses silences.

Bien qu’il s’inscrive dans la musique de club avec son emploi quasi exclusif de sonorités électroniques et de rythmiques, A U R O R A se rapproche plus du dark ambiant de Vatican Shadow par son optique plus atmosphérique que rythmique. Bien qu’il ait conçu un disque capable d’être reproduit en concert, l’Australien n’a pas pour autant abandonné les leçons qu’il a apprises en composant des musiques de films et nous propose un disque puissant et évocateur dans toute son abstraction et ses silences suivis de pulsation d’une clarté intense comme à la réception des premières lueurs de soleil au petit matin par nos yeux endormis. Une émotion forte et singulière mais familière que l’on ressent à chaque écoute.

 

Ben Frost - A U R O R A (2014)
Ben Frost
A U R O R A
Flex
Nolan
The Teeth Behind Kisses
Secant
Diphenyl Oxalate
Venter
No Sorrowing
Sola Fide
A Single Point Of Blinding Light
25/02/82, 1m80, à peine 60 kilos et élevé pour parcourir le macadam parisien de refuge en refuge jusqu'à son déménagement à Londres. Chroniqueur rock de 2004 à 2010 sur Eklektik-rock puis sur la fille du rock depuis 2010, bibliothécaire 2.0 depuis 2008, passionné de musique (metal, jazz, rap, electro …) et de comics. Ecrit aussi en anglais sur Delay and Distorsion (Chronique musicale).

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